→ CINÉMA

BLACKK
KLANSMAN

Thriller militant et drôle

A PARTIR DU 23 AOÛT 2018

• EN SALLE



Un film de Spike Lee, 2018, USA, 128'

Grand prix du festival de Cannes
Prix du Public à Locarno

Avec: Adam Driver, John David Washington, Laura Harrier etc.

Avant-première zurichoise le lundi 20 août à 19h30 au Kosmos.

BlacKkKlansman

Du suspense, de l'humour, du militantisme... Le film de Spike Lee montre l'Amérique des années 1970 en faisant un détour par 1915 pour arriver ... à aujourd'hui!

 

 


C'est difficile à croire mais le dernier film de Spike Lee se base sur une histoire vraie. C'est une adaptation du livre de Ron Stallworth, le premier policier noir du Colorado, qui a réussi à imaginer un stratagème pour infiltrer le Ku Klux Klan au début des années 1970. Son action avait alors permis de déjouer un attentat contre les militants des droits civiques.

DU SUSPENSE, DE L'HUMOUR, DU MILITANTISME
Le film nous permet de nous replonger dans l'atmosphère des années 70. On assiste ainsi par exemple à une réunion de Stokely Carmichael (activiste qui  fait scander «Black is Beautiful») organisée par les associations d'étudiants noirs, mais on approche aussi David Duke (le grand manitou du Ku Klux Klan qui répète «America First»). Il y a donc non seulement une intrigue, mais aussi le portrait de deux Amériques qui s'affrontent violemment.

Les acteurs jouent très juste, Adam Driver notamment, qui interprète le rôle d'un policier juif qui doit se jeter dans la gueule du loup. Il se fait passer pour Ron Stallworth lors des rencontres et doit donc s'exprimer avec encore plus de violence et de haine que les suprémacistes blancs qu'il est censé infiltrer. Pas facile de passer d'un registre à l'autre, de montrer ses propres interrogations identitaires, de rester drôle et vif. Il y parvient magistralement. Tout comme John David Washington en Ron Stallworth, tiraillé entre sa fonction de flic et son intérêt pour la cause noire, molesté par une partie de ses collègues, attendu au tournant par sa hiérarchie.
 
1915-1970-2017
Il y a bien sûr de gros clins d'œil à l'Amérique de Trump tout au long du film et même une séquence docu à la fin qui remet en mémoire les attentats du 12 août 2017 à Charlottesville. Spike Lee n'oublie pas non plus de faire un détour au début du siècle en montrant un extrait du film de Griffith (de 1915), «La naissance d'une nation», film aux relents racistes qui fait l'apologie du Ku Klux Klan et dont le premier titre n'était autre que «The Clansman».

La réussite du film de Spike Lee, c'est que tout ceci est fait avec beaucoup d'humour malgré le sujet grave et fort. Au festival de Locarno, dans la grande salle de la Fevi où une partie du public avait pris place, fuyant l'orage mençant la Piazza Grande, il y eut beaucoup de rires, quelques silences tendus et à la fin, le tonnerre. Un tonnerre d'applaudissements. (scz-15/08/2018)