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FIDELIO, L'ODYSSÉE D'ALICE

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DANS LE VENTRE D'UN CARGO...

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


FIDELIO, L'ODYSSÉE D'ALICE
France, 2014

Le premier film de Lucie Borleteau
Avec Ariane Lebed, Melvil Poupaud ...

Le film sort en Suisse alémanique le 25 juin 2015. Il sera présenté au xenix, à Zurich, le 20 juin, à 21h15.


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L'HISTOIRE
Fidelio est un vieux cargo au long cours de la marine marchande; Alice est appelée à son bord pour remplacer Le Gall, le mécanicien, mort pendant la traversée. Dans ce monstre d'acier, Alice, seule femme de l'équipage, n'a pas de mal à trouver sa place. Elle est non seulement appréciée pour ses compétences techniques, mais aussi respectée en tant que femme. Elle retrouve Gaël, son grand amour de jeunesse, devenu capitaine. Mais elle a laissé un homme à terre, un homme qui la dessine et la désire, et qui a accepté la vie nomade de son amoureuse.

UN RÉCIT SENTIMENTAL
Il y a plusieurs raisons d'aller voir ce récit sentimental mais aussi  sexuel. La première, c'est Alice elle-même, personnage héroïque, corps libre, femme à la fois douce et ferme, qui assume ses désirs, et qui est merveilleusement incarnée par Ariane Lebed. Celle-ci a d'ailleurs reçu pour ce rôle, le prix d'interprétation féminine en août dernier, au festival de Locarno. 

ENTRER DANS LES ENTRAILLES DU GÉANT
La seconde, c'est Fidélio, ce monstre marin, qui va bientôt aller à la casse, et qui nous permet de pénétrer ses entrailles: avec sa salle des machines assourdissante et dangereuse, dans laquelle on se perdrait mais où Alice circule en territoire si ce n'est ami du moins connu, au point de reconnaître même la petite réparation qu'elle a faite il y a plusieurs années. Le film nous livre les odeurs du mastodonte, nous fait sentir ses vibrations aussi. Il s'agit presque d'un huis-clos, mais l'ambiance n'y est jamais trop lourde. On ne cesse de s'évader, de rêvasser. On se sent bien aussi dans cette communauté de marins, venus de tous pays, mais qui accepte les différences des uns et des autres. On découvre les inégalité salariales entre les Philippins, gagnant moins que les Roumains, qui eux-mêmes ont des salaires bien inférieurs aux Français. A tout ceci viennent s'ajouter le bizutage au passage de l'équateur, les fêtes passées ensemble, le dégueulis et la gueule de bois, les soirées dans les ports et les bordels. Rien de vulgaire là-dedans, au contraire, cela sonne juste.

DÉSIR ETC.
Enfin, c'est une variation sur l'amour, le désir et la conjugalité. A-t-on le droit d'avoir plusieurs grands amours dans sa vie? Ce qui se passe en mer peut-il rester en mer? Peut-on ne pas vouloir choisir entre deux hommes? Alice ne risque-t-elle pas de perdre celui qui l'attend à terre, en allant jusqu'au bout de ses désirs? Peut-on mourir d'un cœur qui bat trop peu? Et d'un coeur qui bat trop fort?

ODE À LA MER, HYMNE À L'AMOUR
C'est une ode à la mer mais aussi aux hommes et aux femmes qui la prennent pour de longs mois de traversée, au gré des fluctuations de prix des marchandises qu'ils transportent. C'est un hymne à la baise, qui, pour une fois, fait la part belle au désir féminin. Alors, on ne va pas s'en priver. (SCZ - 30 mai 2015)