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PEUR DE RIEN

peur de rienLe parcours initiatique d'une jeune Libanaise à Paris. Elle découvre le désir des hommes et le sien, la littérature et la musique. Et aussi la politique et l'administration française par le biais des services délivrant les cartes de séjour.
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Au pays de la débrouille, Lina s'en sort bien... La comédienne Manal Issa, dont c'est le premier rôle, est fantastique.peur de rien 4Etude de milieux: ici, les gauchistes face aux skins...


LINA, LA LIBERTÉ ET PARIS

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


COUP DE COEUR CINÉMA DU MOIS D'AVRIL

Un film de Danielle Arbid, F,  2015, 1h59
Avec:
Manal Issa, Vincent Lacoste, Paul Hamy, Damien Chapelle, Dominique Blanc...

Sortie le jeudi 21 avril 2016 à Zurich, au cinéma Houdini. Séances: 18h40
A partir du 5 mai au Bourbaki à Luerne.

Dans le Züritipp: ici


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PeurDeRien 02Les trois hommes qu'elle croise alors...


Lina a 18 ans et terriblement envie de vivre, d’aimer, d’apprendre. Quand elle quitte Beyrouth et débarque à Paris pour aller à la fac, elle ne connaît personne. Son regard est vierge sur les gens qu’elle rencontre, elle passe d’un milieu à l’autre sans porter de jugement. Et c'est dans cette découverte, un quasi chemin initiatique, que nous la suivons.

Le film est touchant, parce qu'il nous brosse le portrait du Paris des années 90 à petites touches un peu impressionnistes tout en soufflant une légère brise de romantisme. Les cœurs battent à plein dans ce film, ceux des personnages très bien interprétés et, en écho, les nôtres. 

L'AMANT, L'AMOUR, L'AMI
Ils sont trois hommes à traverser sa vie à ce moment-là. Le premier, Jean-Marc (Paul Hamy), lui montre les plaisirs du corps, plaisirs sans lendemains mais avec quelques belles nuits. Il la décomplexe et la fait vivre comme dans un «roman français».
Le second, Julien (Damien Chapelle), est sans doute le plus proche d'elle. C'est le plus indépendant, le poète, le doux dealer, le fou de rock et de Frank Black, le rêveur qui s'échappe à son tour pour se «sentir étranger» quelque part. Il ne l'oubliera pas, il est probable même qu'il revienne. Le troisième, Rafaël (Vincent Lacoste), c'est le copain, étudiant comme elle, pas mal râleur, plutôt drôle, avec des idéaux pleins la tête et une mobylette qui traverse la ville à coups de klaxon.

L'ÉTRANGÈRE
Inaccoutumée aux codes parisiens, Lina est aussi avant tout étrangère. Devenus numéros de dossier, on fréquente avec elle les couloirs des administrations, dans l'attente d'une carte de séjour ou de son renouvellement. On réalise qu'en cas de pépin, cet état de non-française est un drôle d'handicap qui ressort, même là où on ne l'atttend pas forcément.

PENDANT QUE LES CHAMPS BRÛLENT...
La bande-son résonne en nous et réveille des souvenirs qui défilent par milliers, comme dans la «Douce France» du groupe «Carte de séjour». Pour évoquer les «baisers sans mots et les caresses de feu qu'ils attisent le long de nos jambes», la réalisatrice Danielle Abid invite entre autres le groupe Niagara. La copine étudiante chante mal, mais on fredonne quand même avec elle dans la voiture, en regardant défiler certains des beaux monuments parisiens. La lumière de la cheffe opératrice Hélène Louvant, est magique, elle renforce tout ce que les mots seraient incapables d'exprimer. Elle exacerbe «le désir, ce moteur si puissant pour investir pleinement la vie». 

EXISTER PLEINEMENT
Lina grandit au contact des autres. Deux profs d'université, notamment la prof d'histoire de l'art interprétée par Dominique Blanc, lui transmettent, et l'importance et la subversion de la culture. «Nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre». Ces enseignants lui présentent non seulement Pascal, mais aussi Jean Genêt, Marivaux et bien d'autres. Elle, qui a quitté ses parents à Beyrouth puis fui un oncle trop entreprenant dans la banlieue parisienne, est bien décidée à vivre. Et comme le dit le titre, elle n'a pas peur de grand-chose. Ouverte au monde, elle prend ce qui vient et se débrouille plutôt bien! 

SCZ 18/04/2016