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WAJIB

wajid

Wajid (=devoir social), c'est la tradition qui veut que les invitations à un mariage soient données en mains propres... Le fils revient au pays pour accompagner son père dans cette démarche. C'est un peu l'ossature du film, sur lequel viennent se greffer rencontres, dialogues et railleries, silences... En toile fond, la ville de Nazareth. Le tout a lieu en une journée...wajib 04 280Shadi et Abu Shadi - père et fils
© trigon-film.orgwajib 03 280
Un road movie : De Nazareth-ville à Haut-Nazareth dans une vieille bagnole
© trigon-film.org

 


ROAD-MOVIE HUMAIN À NAZARETH

Texte: Sandrine Charlot Zinsli


Un film d'Annemarie Jacir, Palestine, 2017
Le film a été présenté au festival de Locarno 2017, 96'
En arabe, sous-titres en allemand et français.

Le film sort à Zurich le 2 mars. Du 2 au 7, il est à voir au Lunchkino au cinéma Le Paris à 12h15.
Ensuite, au cinéma Houdini et au Arthouse Movie.

Mais aussi dans de nombreuses villes de Suisse alémanique.



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Wajid, c'est une histoire de famille sur fond de conflit international qui donne un aperçu de la vie des Palestiniens d'Israël. Le fils Shadi, architecte installé à Rome, revient à Nazareth, la plus grande ville arabe des territoires occupés par Israël, pour aider son père, instituteur, à préparer le mariage de sa sœur Amal. Comme le veut la tradition, chaque invitation est donnée en main propre. Si bien qu'on suit le père et le fils, magnifiquement interprétés par Mohamed Bakri et Saleh Bakri (père et fils dans la vraie vie) chez les uns et les autres. Ces visites brossent une jolie galerie de portraits et de situations, on quitte la voiture pour pénétrer dans l'intimité et le quotidien des habitants, membres de la famille, amis ou invités par sentiment d'obligation. 

Entre le père et le fils, ce trajet en voiture est l'occasion de retrouvailles, de discussions et de disputes. Car la tension est grande entre eux, même si l'amour ne l'est pas moins. L'un est resté au pays, et il a dû s'adapter, accepter, composer. Il s'est construit une vie faite de petits mensonges, de petits renoncements, mais aussi de fidélités et d'enjolivements. L'autre, de l'étranger, a du mal à comprendre ce qu'il considère parfois comme une trahison. Son intransigeance n'est possible que parce qu'il n'est plus au quotidien à Nazareth, pense le père. 

Le film d'Annemarie Jacir est un magnifique road-movie urbain et surtout humain. Les dialogues entre le père et le fils sont étonnament drôles et justes. S'ils montrent les dilemmes auxquels sont confrontés les habitants de ces régions occupées, ils évoquent aussi l'absence d'une mère, la tendresse d'un père avec toutes ses faiblesses, la force des liens filiaux. Un des plus beaux moments est sans doute celui de la cigarette partagée entre père et fils sur le balcon, sorte de calumet de paix ou trêve bienvenue. 

C'est sans contexte le film présenté au festival de Locarno cet été qui a remporté mon petit prix du public personnel. Quant à la réalisatrice, Annemarie Jacir, également présente alors, l'intelligence de son  propos et sa fougue en ont conquis plus d'un et d'une.

(Scz 15/02/2018)