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BARBARA

barbara affiche

barbara2 280Évoquer Barbara... si mélancolique, si légère, si attentionnée, si déconneuse, si sensible, si concentrée, si intense...

 


MÉLANCOLIE ET LÉGERETÉ

Texte: Françoise Bieri Hirlemann


Barbara, un film de Mathieu Amalric, France, 2017
Avec Jeanne Balibar dans le rôle de Barbara, qui vient d'obtenir un César de la meilleure actrice 2018 pour ce rôle. Et avec Mathieu Almaric dans le rôle du réalisateur... Et beaucoup d'autres aussi.

Dès le 23 mars sur les écrans zurichois et suisses-alémaniques


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UNE MISE EN ABYME, PAS DE MISE EN BIÈRE
«Jeanne Balibar ne va pas jouer Barbara. Jeanne va jouer le personnage d’une actrice… qui doit jouer Barbara dans un film. Et à partir de là, tout pourrait devenir vivant. Tout ce qu’on aime peut entrer en étoile, en douce, en toile d’araignée. Un film dans le film comme dispositif, je dirais, amoureux. Une mise en abyme pour éviter une mise en bière». On ne saurait mieux présenter ce film qu’avec les mots du réalisateur Mathieu Amalric qui poursuit: «L’actrice travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l'envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle. À travers le fétichisme du réalisateur (que je jouerai), on apercevra le plus beau document jamais fait de Barbara, où on la voit si attentionnée, si déconneuse…. L’objectif est de tenter de créer peu à peu, à force de juxtapositions, une évocation, des résonnances plutôt que des reconstitutions».

MÉLANCOLIE ET LÉGÉRETÉ
Grâce à ce faux biopic, Mathieu Amalric ressuscite la grande dame de la chanson que fut Barbara. Plus qu’elle, il offre cette «sensation d’elle».  Sa mélancolie et sa légèreté. Et Jeanne Balibar d’ajouter «On retrouve Barbara dans le geste d’une autre femme. Le geste est autre, la femme est autre, mais la sensibilité est là». L’essentiel donc.

CONCENTRATION ET INTENSITÉ
Pour se préparer, Jeanne Balibar a passé des heures et des heures à apprendre le chant, la technique pianistique et la composition… à comprendre comment Barbara composait ses mélodies, pourquoi elle passait de tel accord à tel autre. Sa ressemblance physique avec Barbara est parfois bluffante, mais l’actrice rétorque «Cette histoire de ressemblance, c'est une blague totale, nous n’avons même aucun point commun. Rien. Zéro. La seule chose qui nous réunit peut-être et qui explique qu’on m’ait choisie pour le rôle, est de l’ordre de la concentration, de l’intensité». Le résultat est probant puisque Jeanne Balibar vient de recevoir le César de la meilleure actrice pour ce rôle.

UN FILM COMME UN POÈME
Comment ne pas être fasciné de voir Jeanne/l’actrice/Barbara créer une mélodie et y mettre en paroles sa vie, ses drames, ses tripes. Ces mélodies et ces paroles, qui n’ont rien perdu de leur puissance, nous touchent encore en plein cœur. Pour le réalisateur, l’enfantement de ses chansons est plus important que de savoir les détails chronologiques de la vie de la chanteuse. Plus qu’un hommage réussi, ce film est un poème qui donne à voir l’essentiel du génie et des failles de Barbara.

MERCI ET CHAPEAU BAS
Depuis ses débuts, Barbara fait partie de mon panthéon des auteurs interprètes avec Brel, Brassens, Ferré. J’ai retrouvé mes sensations intactes en voyant le film de Mathieu Amalric. Je ne peux que souhaiter, qu’avec le film, la magie opère aussi sur les jeunes qui découvriront Barbara, une artiste importante du patrimoine culturel français.
Vingt ans après sa mort, Barbara revit. Et pour tant de beauté, «merci et chapeau bas».

Françoise Bieri Hirlemann 13/03/2018