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BARBARA CASSIN

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BARBARA CASSIN, 9ème FEMME ÉLUE À L'ACADÉMIE FRANCAISE

Texte: Marco Baschera


Marco Baschera, ancien professeur de littérature moderne et comparée à l'Université de Zurich, a invité la philosophe Barbara Cassin dans le cadre d'un colloque qu'il organisait il y a quelques années.

Petite interview de Barbara Cassin le 1er juin 2018 sur France-Inter: «C'est la langue qui décide!»»


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COMPLIQUER L'UNIVERSEL
A l’âge de 70 ans, Barbara Cassin a été élue le 3 mai 2018 membre de l’Académie française. Elle est helléniste, philosophe et directrice de recherches émérite au CNRS.  Elle a beaucoup travaillé sur la traduction. Ainsi a-t-elle dirigé le «Vocabulaire européen des philosophies» (Seuil, 2004) dans lequel sont examinés plus de 1500 mots du langage philosophique, confrontés à la difficulté de leur traduction dans une quinzaine d'autres langues. Ce «Vocabulaire» a déjà été traduit en plus de 10 langues. Elle est l'auteure de nombreux ouvrages, entre autres, de «Éloge de la traduction, compliquer l'universel» (Fayard, 2016). Actuellement, elle travaille à un monumental dictionnaire sur les trois monothéismes.

BABEL OU LA DIVERSITÉ DES LANGUES
En tant que commissaire de l’exposition «Après Babel, traduire» au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille en 2017, elle a exploré la diversité des idiomes et de leur traduction à travers vidéos, peintures, sculptures et archives religieuses. Elle voulait montrer comment la culture de la Méditerranée s’est faite à travers des passages traductifs. Et en 2018, elle a organisé la très belle exposition au musée de la Fondation Martin Bodmer, à Genève intitulée «Babel à Genève. Les routes de la traduction».
 
Pour elle, Babel, c’est le nom de la diversité des langues. Mais c’est également le nom du bonheur qu’on a d’y stationner. Selon elle, il faut travailler surtout entre les langues! Ceci permet entre autres d’esquiver le danger de l’universel. Car, comme elle dit, l’universel est toujours celui de quelqu’un. Par tous ses travaux, elle rappelle que traduire vise un savoir faire avec les différences. Elle entend cela surtout sur le plan politique. Car le grand danger aujourd’hui consiste soit à hiérarchiser les langues selon leurs importances soit à les globaliser. La conséquence en est que le «globish» devienne de plus en plus un repoussoir de la traduction et en même temps une perte des grandes langues de culture. On risque tous et toutes de parler un jour une langue approximative, stérile, qui n’est même plus de l’anglais! Depuis plus de 20 ans, Barbara Cassin lutte contre ces dangers. Ainsi le «Vocabulaire» était un travail philosophico-politique - un véritable projet européen. Car le danger de réduire des langues de cultures à une langue de pure communication menace toute l’évolution de l’Europe.

5 FEMMES SUR 36 MEMBRES
Cette nomination constitue une reconnaissance toute nouvelle, d’abord pour sa lutte contre l’idéologie de l’universel qui réprime la diversité des langues, mais peut-être aussi pour son engagement pour la cause féminine. Elle devient la cinquième femme à siéger à l’Académie, sur les 36 membres qui la compose. Ce n’est qu’en 1980 que le mot «madame» a résonné pour la première fois sous la coupole de l’institution. La romancière et nouvelliste Marguerite Yourcenar a été la première à devenir «immortelle». Je suis sûre que Barbara, qui d’ailleurs en 2003 a assisté à un colloque à Zurich, va avoir, de par son énergie et son charme, une influence décisive sur les tâches qui sont celles de l’Académie.
(MB-03/06/2018)