→ CINÉMA

FAIR TRADERS

FairTraders DCH Vorplakat

FAIRTRADER des montagnes de cotonDes montagnes de coton

fair trader CLaudia et ses cochonsClaudia et ses cochons

Patrick avec une cultivatrice de coton en Tanzanie 280Patrick avec une cultivatrice de coton en Tanzanie
Sina et ses tissus 280Sina et ses tissus


BIEN SÛR QU'ON PEUT, À SON ÉCHELLE, RENDRE LE MONDE MEILLEUR!

Texte: Valérie Lobsiger


FAIR TRADERS, Un documentaire de Nino Jacusso (CH, 90')

Sur les écrans suisses alémaniques à partir du 14 février 2019 ou avant, aux journées de Soleure du 24 au 31 janvier.


→ PRINT


ENFIN UN FILM CONTRE LA MOROSITÉ AMBIANTE! La vie ne peut se résumer à un job bien rémunéré, une belle famille, une grosse voiture et des vacances exotiques. Pouvoir tout s’offrir ne nous rend pas plus heureux. On parle ici d’un manque fondamental, d’une quête occultée par notre vie digitalisée. Celle du sens à donner à notre existence. Nino Jacusso est allé à la rencontre de trois personnes qui souhaitent, non pas générer des profits, mais accomplir quelque chose d’utile pour la société. La première, Claudia Zimmermann, a délaissé son métier d’enseignante à la maternelle pour travailler chez elle à la ferme (à Küttigkofen en région de Soleure) et elle vend sa production bio dans sa propre épicerie. La deuxième, Sina Trinkwalder, n’avait plus envie de travailler dans la publicité. Elle a monté une entreprise de textile (Manomama, qui fabrique des sacs en tissu bio) à Augsburg (DE) et emploie 150 salariés. Quant au troisième, Patrick Hohmann, un visionnaire, il est le fondateur et dirigeant de Remei AG qui, sous le label bioRe® gère un réseau d'entreprises pour la production et la distribution de textiles écologiques et sociaux en coton biologique, essentiellement en Inde et en Tanzanie.

LE COMMERCE BIO NE SE FAIT PAS TOUT SEUL, il relève de la lutte de David contre Goliath. Chacun doit y mettre toute son énergie et ne pas compter ses heures. Il ne s’agit pas de faire de la politique, mais de s’engager pour veiller à la préservation de la nature. En Suisse comme à l’étranger, il faut énormément s’investir pour créer une structure sociale transparente et saine, garantir des salaires équitables et non fluctuants, soutenir la population locale. Patrick propose les meilleurs prix possibles sans penser à maximaliser ses marges. Claudia paie aux agriculteurs bio le prix demandé sans discuter avant de mettre leurs produits en vente dans son magasin. Sina, qui confesse avoir besoin de «nourrir sa flamme», a vraiment le feu sacré. Elle a garanti des emplois fixes jusqu’à la retraite à ses ouvrières. Encore faudrait-il qu’on ne la confonde pas avec une entreprise de charité et qu’on respecte sa parole. Si on la voit piquer une crise de fou rire à la découverte d’un cadenas posé sur un fer, on la voit aussi enrager lors d’une trahison de ses «ladies». Elle leur parle «cash»: «on boit du café, on fume et on téléphone. Comment financer ça?» Les déceptions sont nombreuses, les obstacles permanents. «Je ne peux pas sauver le monde!» soupire-t-elle, à bout. Mais elle se ressaisit bientôt: «échouer ce n’est pas grave, mais abandonner, si!»

IL FAUT RENONCER À L’OBJECTIF DE RENTABILITÉ si on veut que ça marche. «C’est une belle récompense en soi» confie Claudia. Le succès ne peut pas être ramené à l’argent. Il suffit de voir le visage épanoui de l’ancienne boulangère ayant accepté de rallier la cause bio afin que son pain soit vendu dans l’épicerie de Claudia, pour comprendre que le bonheur de celle-ci réside tout entier dans le pétrissement de la pâte. Alors qu’un paysan se résigne à ce que ses patates non calibrées ou défectueuses soient données comme aliment pour l’hiver au bétail (le risque est toujours pour sa pomme, commente Claudia), une stagiaire a l’idée de les mettre en vente sur Facebook au prix d’un franc le kilo. C’est la ruée! Ils en écoulent 5 tonnes en deux jours. Paradoxalement, c’est quand on renonce au profit qu’on commence à convaincre. Pour Sina, la dimension humaine est prépondérante. «La façon dont nous traitons les autres pour ne pas les voir est inacceptable!» Patrick explique: Remei AG n’est pas une société cotée en bourse, son but n’étant pas d’enrichir des actionnaires mais de contribuer au bien-être de la société. «Cela fonctionne seulement si la démarche est authentique» insiste-t-il.

FINI LA CROISSANCE À TOUT PRIX. Nous sommes entrés dans une économie de post-croissance. Il faut retourner aux savoirs ancestraux (dixit Sina qui s’inspire du succès de la famille Fugger ayant conquis le monde il y a 500 ans en combinant lin et coton), produire le plus possible sur place ou dans la région, ne pas chercher absolument à s’agrandir, recréer du lien social, ne pas entraver l’individu et ses idées bienvenues. Car il y a ça aussi: rien ne vaut l’épanouissement humain dans l’exercice d’une activité faite de patience, de volonté et de concentration d’énergie sur quelque chose de palpable. Mais pour cela, il faut cesser de n’exister que virtuellement et seulement à travers ses émotions en s’examinant le nombril. Sortir de soi et changer de comportement. Le réalisateur nous l’a confié: il croit à un monde bien meilleur qu’il nous est montré. A l’instar de Nino, cherchons donc les images qui donnent envie et suivons l’exemple de la boulangère.
VL 14.12.18