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L'ESPRIT DE MONTREUX

MONTREUX TROUBLE 280
Montreux une couleurs

En savoir plus: www.montreuxjazzfestival.com/

 


SOIGNER LA LÉGENDE ... ET LES MUSICIENS

Texte: Léontine Sulzer


En lien avec la belle exposition actuelle «Montreux. Du jazz depuis 1967», le Musée national a consacré sa discussion du mardi à l'avenir du festival de Montreux.

Elle était animée par Stéphane Gobbo, le chef de la rubrique culture du Temps, et réunissait le directeur du festival de Montreux Mathieu Jaton et l'un des artistes suisses à s'y être produit plusieurs fois, Bastian Baker.

Pour la première fois, ce mardi 6 février 2018, la discussion avait lieu en français. 


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Mathieu Jaton, l'actuel directeur du festival, sort impressionné de l'exposition du Musée national consacrée au Festival de jazz de Montreux, qui a selon lui «bien su retransmettre les valeurs du festival».

RENCONTRE DÉTERMINANTE
Aussi bien pour Mathieu Jaton que pour Bastian Baker, la rencontre  avec Claude Nobs a été déterminante. Mathieu Jaton l'assume même clairement, il y a un peu de Claude Nobs en lui. Il avait seize ans lorsqu'il a fait sa connaissance et qu'il a commencé à collaborer modestement en aidant à recevoir les artistes au Chalet. Ensuite, il a travaillé plus de quinze ans pour le festival. Quant à Bastian Baker, c'est en 2011, alors qu'il jouait dans un petit bar à Zermatt, qu'il a rencontré le fondateur du festival. Il y avait 27 spectateurs dans la salle, il était parfaitement inconnu. Claude Nobs a aimé son jeu, cela s'est fini par une jam session, et le soir-même il était invité sur la scène off du festival à venir. Une année plus tard, le jeune musicien jouait même dans le prestigieux auditorium Stravinsky. Cette percée fulgurante lui donne le sentiment d'avoir été au bon endroit au bon moment.    

UNE BULLE D'AIR FRAIS
Dans la catégorie des grands festivals, Montreux «fait figure de vinyl». Ses atouts? La beauté du paysage d'abord, certains choix de niches, et une attention particulière portée aux artistes qui considérent souvent ce festival comme «a bubble of fresh air». Montreux joue aussi sur son histoire et sa légende et laisse une place à la spontanéité et au mystère: on se souvient par exemple des concerts de Prince dissimulés en «Surprise Act» ou de la durée très flexible des concerts. On sait à peu près quand un concert commence, mais pas forcément quand il finit.

Y CROIRE DUR COMME ROCK
Le nouveau directeur ne semble pas trop inquiet quant à l'avenir du festival, il croit dur comme roc en sa spécificité. Même si pour lui, il n'y a pas de recette, hormi le soin apporté à la programmation, l'équipe allant voir chacun des artistes et choisissant le bon moment pour le programmer. Bien sûr, Montreux n'a pas la capacité de rivaliser avec certains grands festivals internationaux, les cachets se sont envolés, les groupes tournent énormément et de gros organisateurs américains comme «Live Nation» ont pris pied en Suisse, à Frauenfeld notamment.

Montreux est un festival qu'on pourrait presque qualifier de national. Le public y vient à 40% de Suisse alémanique, à la différence du Paléo, essentiellement romand. Peut-être que la programmation s'en ressent d'ailleurs certains soirs. «J'ai pas mal de potes suisses-allemands qui font leur voyage annuel en Suisse romande en venant à Montreux» confirme Baker. 

QUELLE PLACE AU MILIEU DES GÉANTS?
Si l'avenir n'est pas forcément radieux, il n'est pas sombre non plus. Il faut avoir des idées et  s'adapter aux changements du marché musical, mais aussi aux modifications des comportements des spectateurs. Pour ce faire, le festival mise, entre autres, sur la technologie. Ainsi il propose depuis l'été dernier l’application «Cuts». Celle-ci a pour but d'éviter les forêts de téléphones portables lors des concerts et permet au spectateur de capter un extrait de 30' de son morceau préféré puis de l'envoyer par sms ou de le partager sur les réseaux sociaux. Le spectateur signale à ses amis «j'y étais», et les musiciens se sentent davantage respectés sur scène. Sans doute un moyen plus intelligent que d'interdire purement et simplement les portables, comme le souhaitent certains. 

Autre innovation qui vient donner un coup de jeune au club des amis du festival, l'application «Montreux Jazz Insiders» qui permet de recevoir des infos avant tout le monde et d'être invité à certains événements privés. Ces technologies ne sont bien évidemment pas gratuites, «Insiders» fonctionne par abonnement. Et si elles permettent d'accompagner le public et de le gâter un peu, elles ne résoudront pas le cœur du problème, à savoir quelle place trouver pour ce «petit» festival au milieu des géants.

Finalement il aura été assez peu question au cours de la discussion de Montreux et beaucoup du festival, assez peu de l'impact économique de l'événement sur la région ou de l'implication de la population mais surtout de la gestion du changement tout en gardant le cap.

Quant à la programmation de l'édition 2018, elle sera connue le 27 avril. Mais Mathieu Jatona donné des indices au Landesmuseum, mardi soir. Ce sera en effet le grand retour du rock. 

(08/02/2018)