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DIE GENTRIFIZIERUNG BIN ICH

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POURQUOI LES LOGEMENTS SONT-ILS SI CHERS?

Texte: Valérie Lobsiger


DIE GENTRIFIZIERUNG BIN ICH. BEICHTE EINES FINSTERLINGS
(La gentrification, c’est moi, confession d’un sinistre personnage)

Un film de Thomas Haemmerli
Suisse 2017, 99 minutes
Nomination Prix du Public aux journées du film de Soleure 2018, sur les écrans à partir du 22 février

A Zurich, au Rifffraff par exemple. Première le jeudi 22 à 20h40 en présence du réalisateur.


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UN DOCUMENTAIRE INGENIEUX.
«Plus qu’une semaine à se le farcir, du moins c’est à espérer», proclame l’affiche rouge écarlate promouvant la sortie du documentaire. On y voit le réalisateur, Thomas Haemmerli, lunettes de soleil - chapeau de cowboy, brandir au niveau de sa braguette une barre métallique longue de deux mètres. Le ton est donné: on versera dans la satire, la provocation, l’auto ironie et tous les moyens seront bons pour amener chacun à se sentir concerné par le sujet. Le cinéaste adopte sa biographie comme fil rouge (avec sa voix en off) pour nous faire partager ses péripéties à Paris, Tiflis, Sao Paulo et Mexico en matière d’acquisition de logement. Images, dessins, vidéos d’archive, panneaux intertitres, jeux de mots, scénettes en accéléré et autres gags défilent à un rythme trépidant: on est tout de suite accrochés. Il est alors facile de se pencher avec le réalisateur sur la question qui le taraude: pourquoi, dans les villes suisses, les appartements coûtent-ils si cher?

POURQUOI LES LOGEMENTS URBAINS SONT-ILS HORS DE PRIX? Parce qu’il en manque. En cause, le vieillissement de la population, le désir de prestige et la multiplication des salles de bain, l’individualisation, les enfants - les divorces - les nouveaux pères, l’augmentation des loyers qui poussent les parents à rester dans leur logement après le départ des enfants au lieu d’en trouver un plus petit, le dépeuplement des campagnes, l’attraction qu’exercent les grandes villes, la tendance à posséder un second appartement dans une ville à la mode, le goût des Européens pour la Suisse… Mais pas seulement. Le conservatisme (Haemmerli parle de «Heimatidylle»), la rigidité réglementaire (en ville de Zurich, par exemple, une place de travail doit engendrer 5 m2 de surface verte et un habitant, 8 m2), de vieilles craintes et méfiances sont, selon l’auteur, profondément ancrés dans les mentalités. D’où une trop grande disparité économique entre l’offre et la demande, la rénovation trop systématique de l’habitat par les propriétaires et le secteur immobilier pour justifier ensuite une augmentation de prix et, pour finir, la gentrification. La gentrification est la conquête des quartiers défavorisés par les classes aisées et elle entraîne à son tour, en plus d’une éviction des plus pauvres en périphérie, une nouvelle augmentation de prix. La spéculation immobilière, favorisée par le crédit facile, entretient le marché à la hausse, spécialement dans les villes de Zurich et de Genève.

VOILA POURQUOI, A 90%, LES SUISSES HABITENT ENTRE LE PARTERRE ET LE 3E ETAGE. La solution pour contrer la spéculation et le manque de logement réside, pour Thomas Haemmerli, dans la densification des villes. Il s’agit pour lui d’oser construire en hauteur, comme à Sao Paulo (20 millions d’habitants) où l’on construit des gratte-ciels dont certains comportent 50 étages, plus de 1000 appartements et 5000 habitants. Il s’agit de «se démarquer des débats superficiels sur les changements de style de vie. Le problème n’est pas ici une rénovation, et là un bar latte-macchiato pour hipsters. Il réside dans l’allongement de l’espérance de vie et la qualité de vie en ville». Produisons urgemment plus de logements et les prix redescendront, plaide-t-il. Encore faut-il, pour cela, qu’un changement dans les mentalités s’opère…

VL-13/02/2018