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LÉO: 1916-2016

lf album 280

Leo ferre CouvSauvage

LF bouquet

 


LÉO FERRÉ: DES ANNÉES 50 À AUJOURD'HUI, ILS L'ONT AIMÉ, ILS L'ONT CHANTÉ!

Text: Claude Braun


Claude Braun est l'un des grands amateurs, amoureux de Léo Ferré.
Pour rendre hommage au chanteur disparu le 14 juillet 1993 et qui aurait eu 100 ans cette année, nous avons demandé à Claude qu'il nous parle de toutes celles et de tous ceux qui ont interprété les textes de Léo Ferré. Partons avec lui sur les chemins de Léo!

Claude Braun organise des concerts de chanson à Burgdorf, notamment un festival en mars.

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LES ANNÉES 40 ET 50 :

CATHERINE SAUVAGE, L’ÉTOILE RÉVÉLATRICE
«Oui ce n’est pas mal, c’est même intéressant mais ne vous risquez pas à chanter vos chansons vous-même» voilà ce que Charles Trenet déclara à Léo Ferré après l’avoir entendu lui chanter trois de ses toutes premières chansons. C’était au début des années 1940 à Montpellier après un récital du «Fou chantant» comme on appelait Trenet.  
Et pourtant, en 1946, à trente ans,  Ferré remonte à Paris où il avait fait ses études de droits, pour se lancer dans une vie d’artiste, sa vie d’artiste. Il débute dans le cabaret «Le bœuf sur le toit» (avec Les Frères Jacques et le duo Roche-Aznavour). Ce sont les années de vache enragée et de bohème, la mouise sera le thème de pas mal de ses chansons… Le public n’est pas toujours au rendez-vous, les cachets sont maigres en cette fin des années quarante. Les cabarets se succèdent pour Ferré, le «Quod Libet», «La rose Rouge», «L’Arlequin», «L’écluse», «L’échelle de Jacob», «Le Milord l’Arsouille» (créé par Francis Claude et où Léo Ferré tiendra l’affiche pendant plus d’un an) et quelques autres encore.
À l’époque,  il est encore très mal à l’aise sur scène et est souvent décrit comme un ours mal léché et peu engageant avec ses grosses chaussures de montagnes, son regard dur, ses lunettes rondes cerclées de métal, et grimaçant derrière son piano! Ses chansons pourtant touchent le public, modeste mais de classe, de ces petits lieux. Pour atteindre le «grand» public, il faudra d’autres voix…  une grande interprète.

Léo Ferré rencontre CATHERINE SAUVAGE en décembre 1947. On les retrouve ensemble à l’affiche des cabarets de la Rive Gauche, notamment toute l’année 1950 aux «Trois Maillets». 
Bien que la première interprète à graver en 1947 un titre de Ferré/Baer (La Chambre) fut Yvette Giraud, que Renée Lebas ait choisi de chanter elle aussi des titres de Ferré, ce sera Catherine Sauvage, amie de Jacques Prévert et de Mac Orlan, qui sera la vraie «passeuse» des chansons de cet anarcho-poète un peu ovni. En 1952, elle fera de «Paris canaille» un immense succès et enregistrera un premier album «Catherine Sauvage chante Léo Ferré» en 1954. 
De grands artistes ont chanté très tôt, dès 1950, Léo Ferré, entre autres: Henri Salvador, Juliette Gréco, Les frères Jacques, Edith Piaf , Cora Vaucaire, Monique Morelli, Mouloudji . ***
Difficile de les citer tous, mais il est certain que ces interprètes populaires ont grandement contribué à faire connaître Léo Ferré, du moins sa face «chanson» puisqu’il se consacrait déjà pour une grande part à l’écriture de ses œuvres musicales (La Chanson du Mal aimé), de longs textes radiophoniques (Des sacs et des cordes), d’une émission de radio (Musiques Byzantines), d’un opéra
(L’Opéra de la Nuit), d’un roman etc…
Pour moi, Catherine Sauvage restera l’étoile révélatrice, une chanteuse pétillante, honnête et attachante.
     
LES ANNÉES 60: LÉO ET LES POÈTES 
Les interprètes de Léo Ferré vont évidemment se multiplier au cours des années cinquante et soixante, lorsque ses chansons touchent enfin un plus large public grâce à la radio, la télévision, ses concerts dans les grandes salles parisiennes et ses disques.
Son répertoire est impressionnant autant par la quantité que par la qualité. À ses propres textes,
il ajoute des textes de Jean Roger Caussimon, René Baer, et surtout, il met en musique les Verlaine, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Villon, Aragon.
Voilà du pain sur la planche pour une nouvelle vague d’interprètes, eux aussi engagés et résolument ancrés dans leur temps.
Citons entre autres: Francesca Solleville (que nous avons accueillie à Burgdorf en 2001 pour un extraordinaire concert, une soirée inoubliable), Juliette Gréco,  Pauline Julien,  Monique Morelli, Hugues Aufray, Yves Montand et Barbara. Et toujours Catherine Sauvage qui consacre deux nouveaux albums 33 tours à Ferré (1961), d’autres suivront. 
«C'est elle qui chante mes chansons avec la plus grande conviction. Je la préfère à toutes les autres. Elle a enregistré près d'une centaine de mes chansons.» (Léo Ferré)
Les titres très populaires en ces années 50 et 60 pour les interprètes: Jolie môme, Paname, vingt ans, Ostende (Caussimon), Monsieur William (Caussimon), L’affiche rouge (Aragon), Est-ce ainsi que les hommes vivent? (Aragon) et les Verlaine-Baudelaire-Rimbaud.
Une curiosité: Jean Cardon, accordéoniste, a enregistré en 1959 un disque instrumental avec son orchestre; il sonne délicieusement vieillot à nos oreilles du 21ème siècle: Surpat’ chez Léo Ferré!  

LES ANNÉES 70 : UNE STAR MAIS SANS STARSYSTÈME!
Dès 1969 et durant la première moitié des années 70, Ferré entre en osmose quasi miraculeuse avec une nouvelle génération. Années trépidantes, il caracole en tête des hit-parades et se métamorphose physiquement, sa voix gagne en chaleur et profondeur. Il laisse ses cheveux pousser et blanchir.
Il semble renaître en Toscane où il s’est installé début des années 70.
Il occupe les espaces médiatiques comme une grande star et multiplie les concerts à travers la France et l’étranger. 
 De nouveaux interprètes reprennent les titres les plus populaires comme: Avec le temps, C’est Extra, la Mémoire et la mer, Le chien, la folie. Ces chanteuses et chanteurs d’alors sont entre autres: Jane Birkin, Dalida, Jacques Bertin, Hélène Martin, Joan Po Verdier, Nicoletta, Catherine Ribeiro et Pia Colombo.
Cette dernière jouera un rôle important lors de la rupture de Ferré avec Barclay en 1975.
Comme, respectant les stipulations du contrat avec Barclay, il n’a pas le droit de chanter jusqu’en septembre 1976, c’est elle qui en 1975 lui donnera sa voix sur un disque accouplé au disque Léo Ferré dirige…75! Elle sera la première à chanter les nouvelles chansons d’un  Léo Ferré libéré. Des chansons qui dépassent tout ce qu’il a pu écrire et composer précédemment durant sa longue carrière; des chansons qui  inspireront un grand nombre de nouveaux interprètes dans les années à venir: La mort des loups, Requiem, Muss es sein? Es muss sein!
Pia Colombo a été très présente sur les scènes, fin des années 70.     

LES ANNÉES 80: LE NOVATEUR
En Toscane, Ferré s’est plongé dans la musique et, loin du show-biz parisien, est devenu un artisan comblé autant qu’un artiste de génie. Il écrit, compose, imprime ses partitions lui-même sur sa «Heidelberg», les travaille avec «son orchestre» symphonique de Milan, édite ses disques, ses livres. 
Il est le seul encore à pouvoir interpréter les chefs-d’œuvre de cette époque faste et innovatrice.
Loin des postures étranges de ses débuts, il habite véritablement la scène, en un regard, un signe, une note au piano, l’univers Ferré gagne la salle et le cœur du public. C’est une grande famille de «gens d’ailleurs» qui se retrouvent et retrouve leur ailleurs avec Léo.  Difficile pour un/une interprète de recréer  une telle symbiose, un tel échange fraternel!      
C’est alors comme si les interprètes s’étaient mis en retrait, en observation curieuse de ce nouveau Ferré aux textes longs, aux orchestrations classiques ou alors très surprenantes, parfois même déjà très proches d’une forme de rap. Personne n’osera s’attaquer à une œuvre magistrale comme «L’Opéra du Pauvre», ni aux «Ludwig, tu penses à quoi?», «Géométriquement tien», «FLB» , «Je te donne» etc…
Ces titres-là seront compris, appréciés, repris après la mort de leur auteur.
Par contre, Léo Ferré se fait l’interprète de Jean-Roger Caussimon sur un magnifique  album «Les Loubards» en 1985.
Si dans les années 80 et début 90,  les mêmes  interprètes reprennent encore et toujours les «tubes de Ferré» et les titres de la période «Amour Anarchie », «La solitude»,  «Il n’y a plus rien », il faut saluer l’émergence d’un grand nom de la chanson, un grand interprète et ami de Ferré: Bernard Lavilliers. Ils partageront la scène à La Fête de l’Huma en 1992. Durant ces années-là, il n’y aura plus, à ma connaissance, d’album consacré à Ferré jusqu’après sa mort.
Lavilliers montera en 2008 un tour de chant «Lavilliers chante Ferré» (DVD Live, Orchestre national de Lyon, 2008)  
 
APRÈS JUILLET 1993
Après la mort de Léo Ferré le 14 juillet 1993, c’est comme un grand vide.
Les radios et les télés n’avaient guère programmé son travail des 20 dernières années, mais il donnait beaucoup de concerts et n’avait jamais été aussi proche de son public que durant ces 20 dernières années. Sa voix, sa présence scénique manquent cruellement à des millions «d’orphelins»  (en référence à l’article de Robert Belleret dans «Le Monde», 16 juillet 1993).       

C’est alors l’heure des Frangins d’la Neuille. Ceux qui vont donner leur voix à Léo.
Le moment était venu de chanter Ferré, pour qu’on ne l’oublie pas, pour l’on le découvre, le redécouvre, pour faire vivre ses œuvres, panser un peu la plaie aussi. Depuis 23 ans, la liste des interprètes s’allonge de façon impressionnante. Les albums hommage sont nombreux. Sur Wikipedia, on en cite 23 entre 1993 et 2010 et 23 autres depuis 2010 ! Les parutions s’accélèrent… Une bonne nouvelle pour l’héritage culturel de Léo Ferré.
La liste Wikipedia est encore très incomplète… à compléter donc…

MA LISTE : LES LETTRES NON POSTÉES PAR MICHEL BOUQUET OU LES INTERPRÉTATIONS DE PHILIPPE LÉOTARD
Quant à moi, je vais produire ici une liste non exhaustive et très marquée par mes goûts personnels.
Après un coup d’œil dans ma discothèque, je retiendrai les quelques interprètes qui m’ont véritablement fait vibrer et qui m’ont emporté un plus loin en y ajoutant quelques incontournables parce que plus connus. Mais chaque forme d’interprétation peut enrichir, qu’il s’agisse d’un hommage respectueux ou de versions plus  éloignées de l’original.
Avant de se lancer dans un tel exercice se pose pour chaque artiste la question du choix des titres. Selon l’originalité de cette sélection, de cette espèce de compilation de rêve pour le chanteur ou la chanteuse, l’auditeur/trice se trouvera découvrir des titres inconnus ou redécouvrir des chansons mystérieusement passées à la trappe.
Voilà à mes yeux une fonction essentielle des interprètes: révéler de nouveaux trésors, éveiller
la curiosité.  
Dans le cas de Léo Ferré, cela est particulièrement important puisque, par-delà la chanson, des textes inédits ou des œuvres très particulières peuvent ainsi trouver un public.

Je pense à «L’Opéra du Pauvre», ce quadruple album paru en 1983, œuvre majeure, mis en scène en 2011 par Thierry Poquet, sous la direction musicale de Jean-Paul Dessy avec le fabuleux Michel Hermon dans le rôle principal.
Je pense aux «Lettres non postées» lues par un extraordinaire et attachant Michel Bouquet (CD paru en 2006) qui vient d’ailleurs d’enregistrer une seconde partie des Lettres non postées à paraître en 2017.
Je pense encore à ce géant de Marseille (directeur du théâtre Toursky) au talent fou et d’une humanité désarmante, Richard Martin qui a enregistré en 1999 le texte Alma Matrix (la fameuse pochette du CD représentant «L’origine du monde» de Courbet).

Revenons aux chanteuses et chanteurs ayant consacré un album ou plusieurs à Léo Ferré.
En 1993 déjà, Philippe Léotard (oui, l’inoubliable acteur) l’a chanté sur son deuxième album :
Philippe Léotard chante Ferré.  C’est aussi mon premier coup de cœur de cette liste d’interprètes, une belle réussite qui n’a pas pris une ride.
En 1994 paraît un double CD de la québécoise Renée Claude, On a marché sur l’amour, superbe piano-voix et émouvant spectacle que je me rappelle avoir vu à l’Octogone de Pully, Marie-Christine Ferré à mes côtés, émotions émotions! Sur ce CD, la chanson La Lune jamais chantée par Ferré.
En 94 encore, hommage d’Anne Gaëtan avec Thank you Ferré, bel album ouvrant sur un inédit, la dernière chanson écrite par Ferré: Vous savez qui je suis maintenant. Une voix impressionnante et un choix de titres peu communs à l’époque: Le manque, L’oppression, Tout ce que tu veux, A une chanteuse morte (chanson interdite), Tu ne dis jamais rien et d’autres beaux titres dont La mémoire et la mer. 
Suivront Mama Béa (1995 Du côté de Léo), Michel Hermon (1998 Thank you Satan), Marc Ogeret
(1999 De grogne et de velours, Marc Ogeret chante Léo Ferré), ce dernier reprenant notamment Les vieux copains, une des dernières chansons de Ferré. De beaux interprètes. 
En 2001, Joan-Pau Verdier avec  Léo Domani  et un impressionnant  Xavier Ribalta en catalan: Xavier Ribalta canta Léo Ferré, ET BASTA.
En 2002, Morice Bénin: Morice Bénin chante Léo Ferré 
En 2003, Les Faux Bijoux, groupe toulousain et Gilles Droulez de Lyon pour un double CD Léo Ferré les inédits (chacun un CD). La même année le jeune groupe angevin Bell Œil avec un superbe et courageux hommage à Léo Ferré: Hurle Tout, contenant quelques belles créations rock, notamment Tu ne dis jamais rien, Sur la scène, Pépée. 
En 2003 encore, plus classique, de Josette Kalifa et David Venitucci à l’accordéon et aux arrangements: chansons de Léo Ferré et de Jean-Roger Caussimon.
En 2004, Nicolas Reggiani et Giovanni Mirabassi au Steinway nous offrent une perle ! Pour moi, ce disque: Léo en toute liberté frôle la perfection. Coup d’essai, coup de maître.
En 2006: le talentueux et fidèle Michel Avalon avec Pas vrai Léo, Sapho avec un bizarre Ferré flamenco, et à nouveau Joan-Pau Verdier, cette fois-ci en occitan:  Léo en òc.
En 2007, un bel et inattendu hommage en forme de double CD de Jean-Louis Murat chantant Baudelaire et Ferré sur Charles et Ferré. Des inédits.
La même année paraît Poète, vos papiers, passionnante et originale démarche musicale du Quartet d’Yves Rousseau et les chanteuses Jeanne Added et Claudia Sodal.  Des interprètes hors-normes!
En 2009: Bernard Lavilliers avec Lavilliers chante Ferré, grand artiste, très complice de Ferré.

Les hommages se font plus nombreux à partir de 2010, plus d’une vingtaine de parutions sans compter les innombrables reprises sur scène et sur galettes de chansons de Ferré par Hubert-Félix Tiéfaine, Jane Birkin, Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Jacques Higelin, Alain Bashung, Cali, Louis Ville, Nilda Fernandez, Alcaz, La Tordue, Johnny Hallyday et des dizaines d’autres.      

Mais revenons aux albums:
En 2010, c’est encore David Venitucci qui arrange et accompagne, cette fois–ci Annick Cisaruk sur le CD Léo Ferré, l’âge d’or. Cette année-là voit encore la sortie de l’album que Serge-Utgé-Royo, entouré d’une belle famille de musiciens, consacre à Léo: Léo FERRÉ d’amour et de révolte.
En 2011, c’est Catherine Lara qui sort son CD «Une voix pour Ferré».
En 2012, I.Overdrive Trio & Marcel Kanche, osent un hommage puissant aux accents jazz, très libre et loin des reprises habituelles: Et vint un mec d’outre saison. Sur ce CD, pour la première fois un extrait de l’Opéra du Pauvre et un texte inédit (Le chemin d’enfer), mais aussi the Nana, Requiem etc… 
En 2013, Michel Avallon avec un deuxième CD très réussi consacré à Ferré: De toutes les couleurs, contenant notamment la trop rare chanson Des mots.
En 2013 encore, le second volet de l’hommage de Serge Utgé-Royo: D’amour et de Révolte 2: Serge Utgé-Royo chante Léo Ferré.
En 2014, L’enregistrement de La symphonie interrompue et de l’Oratorio de la Chanson du mal-aimé par l’orchestre symphonique de Monte-Carlo sous la direction de Gianluigi Gelmetti .
La même année: Tous ces trucs imprudents de Nicolas Joseph,  Rappelle-toi ce chien de mer d’Emmanuel Depoix ainsi que l’hommage de Francis Lalanne longtemps proche de Ferré: À Léo.
En 2015, Christiane Courvoisier sort «Entre la mer et le spectacle», superbe interprétation et un intéressant choix de titres moins connus dont La mort des loups, Je te donne, FLB, Requiem, Géométriquement tien. 

2016
En 2016, «Où va cet univers?»  d’Annick Cisaruk, belle interprète toujours accompagnée de l’excellent David Venitucci.
Cette année aussi, vient de paraître la richissime relecture de Tony Hymas, pianiste anglais, de quelques-unes des musiques de Léo Ferré: Tony Hymas joue Léo Ferré. Une belle surprise instrumentale. 

ET PUIS : DE GIANMARIA TESTA À KEIKO WAKABAYASHI
Voilà donc un rapide survol des interprètes de cet artiste majeur, en musique comme en poésie, que fut Léo Ferré. C’est une sélection discographique subjective que je me suis efforcé de ne pas évaluer.
Par contre, j’ai souligné l’une ou l’autre des reprises les plus originales et les plus créatives tout en restant bien conscient que pour beaucoup d’auditeurs et de fans de Ferré, ce n’est pas le but recherché.  

Parallèlement aux parutions citées,  on trouve une bonne  dizaine d’albums collectifs et de
compilations. Je citerais entre autres: La fête à Ferré (live aux Francofolies de La Rochelle, 1988), Avec Léo, par les grands noms de la chanson (2003), Metamuzik, Hommage à Léo Ferré, exotique compilation alsacienne! (2006), Les interprètes de Léo Ferré, 2 CD couvrant les années 1948-1963 (2013).   

LÉO À L'ÉTRANGER

Léo Ferré a été chanté à l’étranger, en anglais (notamment par Marc Almond, Joan Baez , Peter Hawkins en 2013 pour un double CD: Love an Anarchy, the songs of Léo Ferré), en espagnol (par l’inégalable Paco Ibanez), en allemand, tchèque, suédois, hollandais et beaucoup en italien (Anna Maria Castelli, album L’Opéra du Pauvre, 2002) ou en catalan Amancio Prada (album Vida de Artista, 2008).

LÉO L'ITALIEN
L’Italie a joué un grand rôle dans la vie de Léo Ferré, il y a fondé une famille, créé en artiste libre ses plus belles œuvres. Les artistes italiens ne sont pas restés indifférents à ce génie et très tôt, ils l’ont traduit, chanté et fêté (tous les ans au Festival Léo Ferré de San Benedetto del Tronto, entre autres manifestations… ). 
Citons Enrico Médail qui fut l’un des premiers à le traduire sur le CD né dio né padrone en 1977, 2 autres suivront en 2011. Ce grand artiste, bel humain, chaleureux et humble nous a malheureusement quittés le 10 avril de cette année. 
Parmi les artistes italiens fidèles, il y a Gianmaria Testa qui a toujours chanté Ferré sur scène, de façon extrêmement dépouillée et touchante. Avec ses complices et grands noms du jazz Roberto Cipelli, Paolo Fresu, Philippe Garcia et Attilio Zanchi, il a enregistré en 2007 un splendide
album, un hommage unique à Léo Ferré: à Léo F. Son évocation est douloureuse. Avec Gianmaria Testa, décédé le 30 mars 2016, nous avons perdu plus qu’un grand cantautore, un homme exceptionnel, tout en douceur, en intelligence, en sincère engagement pour les plus faibles, tout en courage!
Le groupe Têtes de Bois fut proche de Testa et de Médail. Dans un style musical très personnel, les 6 membres du groupe avec le charismatique chanteur Andrea Satta ont consacré une partie de leur œuvre, par ailleurs passionnante, à Léo Ferré, ce dès 2002 avec un CD,  Ferré, l’amore e la rivolta,  renversant de beauté. En 2014, ils n’ont rien perdu de leur talent pour nous offrir une nouvelle merveille: Extra.

Pour finir, il me reste à évoquer quelques-uns de mes coups de cœur.
Je ne pourrais jamais oublier Pascal Auberson au Beau Sobre à Morges à l’occasion d’une soirée hommage en 2003. Cet exceptionnel artiste suisse, trop méconnu, est aussi l’un des plus puissants interprètes de Ferré.
Sur disque, je me suis laissé prendre par une version d’Avec le temps en anglais! Par une chanteuse de jazz qui s’appelle Andra Sparks. Malgré une traduction très libre, il y a dans ces 4 minutes 46 une intensité rare qui chez moi a provoqué une incroyable émotion. Dans le livret du CD, le traducteur et musicien du groupe, Nick Weldon, explique en détail de façon très personnelle et extrêmement émouvante la genèse de cette version-là. Le song s’appelle: «Your Time», il donne son titre à l’album. (2004, Verge Recordings).   
Restons dans les réactions émotionnelles fortes en voyageant  peu… Sur scène, une chanteuse japonaise bien droite dans ses soies noires et rouges, à quelques pas d’elle, sa pianiste, concentrée et élégante derrière le piano à queue;  il est presque minuit à San Benedetto dans le sud de l’Italie, côte adriatique, amical berceau d’un festival annuel dédié à Ferré.
Le public est curieux mais sans grandes attentes avant la prestation en fin de soirée de Keiko Wakabayashi, interprète japonaise et traductrice d’une somme impressionnante de titres de Léo Ferré en japonais. J’avoue ne pas comprendre le japonais, mais ce que la chanteuse fait passer ce soir-là dépasse les barrières linguistiques et culturelles. Je ne suis pas le seul ce soir de juin 2000 à être mystérieusement emporté par la voix, la présence de Keiko et par Léo Ferré à travers elle.
Moments inoubliables. Entre 1995 et 2004, elle n’a publié pas moins de 5 CD de chansons de Léo Ferré en japonais. En 2015 est paru un  Keiko Wakabayashi chante Léo Ferré, Vol 1, annonçant peut-être une nouvelle série, un best of?

Nous avons la chance à Burgdorf de recevoir des chanteuses et chanteurs dans le cadre du Berthoud Festival ou des concerts organisés régulièrement depuis 2001.
Parmi eux, de nombreux  interprètes de Léo Ferré: Monique Brun (avec son spectacle Léo 38),JeHan, Francesca Solleville,  Gianmaria Testa, Les Têtes de Bois(pour le spectacle Extra), Nicolas Reggiani avec Giovanni Mirabassi, Céline Caussimon,  Emmanuel Depoix, Christiane Courvoisier, Marcel Kanche, Moran, Angélique Ionatos, Serge Utgé-Royo, Vincent Vallat,
Alcaz (la plus belle version de La lune!). 

Nous avons de la chance à Burgdorf/Berthoud… rares sont les soirées de concert sans clin d’œil, musical ou autre, pour ce chanteur- poète-compositeur, frère, père, âme complice qui ne nous a
Jamais quitté. Merci à tous les passeurs-interprètes qui nous tendent… la main pour nous mener sur les chemins de Léo. (CB 13/10/2016)