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S'IL TE FAUT...

SHZ Journal 9 Texte von Jacques Brel André Jung 1

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Devant le rideau pour la dernière fois... à 39 ans, Jacques Brel décide de quitter la scène.

Brel 0757 280Copyright: Toni Suter / T+T Fotografie


UNE RENCONTRE INTIME AVEC LE NOMADE JACQUES BREL. GRÂCE AU TRÈS GRAND ANDRÉ JUNG.

Texte: Anne Fournier


« Texte von Jacques Brel » au Schiffbau
Mise en scène Werner Düggelin
Avec André Jung

www.schauspielhaus.ch

En octobre et novembre au Schauspielhaus ZH


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Werner Düggelin propose au Schiffbau une rencontre intime avec le nomade Jacques Brel. Grâce à un très grand André Jung.

Il est très seul sur cette scène que d’ordinaire il foule devant des milliers de spectateurs happés par ses mots, par ses cris, par sa respiration. Il est très seul et ne sait plus quelle valise choisir. Pour y mettre quoi? Pour y cacher quel souvenir? Il est artiste mais aimerait devenir homme, voire enfant. Pour mieux comprendre.

C’est Jacques Brel. Il a 39 ans, vient de vivre son dernier grand concert à l’Olympia; il a décidé de changer de vie. Bientôt ce sera l’exode, la vie du marin, loin des micros. Werner Düggelin a choisi d’arrêter ce moment dans sa nouvelle production créée au Schauspielhaus de Zurich. Cet instant où la mélancolie, la fuite du temps, de ses illusions et surtout les arômes retrouvés de l’enfance se bousculent dans les limbes du poète. Le metteur en scène octogénaire imagine certes une soirée hommage à Jacques Brel, mais sans musique ou presque (seules «S’il te faut» et «Les Marquises» ont voix sur le plateau) et d’abord portée par un autre monstre de scène, André Jung, longtemps fidèle au Schauspielhaus et sans doute l’un des plus fins interprètes du théâtre germanophone.

Jacques Brel en était convaincu: la seule chose qui compte dans la vie, c’est la vie... André Jung lui réplique avec doigté, avec l’amour de la précision, de ces petits gestes qui suspendent les paroles, donnent une nouvelle écorce aux mots. Il est seul, lui aussi; presque fragile. Le spectateur tend l’oreille (car oui parfois il est difficile de tout entendre, au sens propre comme au sens figuré) pour découvrir les interrogations d’un être décidé a redevenir Don Quichotte… «si la poésie pour toi n’est qu’un jeu, si toute ta vie n’est qu’un vieillissement. Alors...»

Alors, oui cette pièce intitulée «Texte von Jacques Brel» arrête cet instant vacillant de l’artiste rongé par l’après ou les regrets de l’avant. Pas de grandes envolées philosophiques, un monologue parfois noyé par les a priori faciles, les formules toutes faites mais que le jeu sensible et accroché à l’instant d’André Jung rend léger, voire nécessaire. Que faire quand la scène ne vous retient plus? Se retrouver.

Alors «Les Marquises» viennent conclure dans le noir une soirée, une rencontre, un adieu, qui, l’air de rien, chantonne dans la tête plusieurs jours encore.