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FRANTZ

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1919: COMMENT LA VIE PEUT-ELLE REPRENDRE SON COURS?

Texte: Laurence Hainault-Aggeler


Frantz, par François Ozon.
Drame français, avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber (1h53).

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Anna est belle et marche avec détermination vers le cimetière pour fleurir la tombe de son fiancé, Frantz, mort au combat. Nous sommes en Allemagne en 1919. Les images en noir et blanc nous plongent dans l’atmosphère nostalgique d’une petite ville de province d’après-guerre où la vie a repris son cours: les hommes se retrouvent au café pour boire leur bière, le bal du samedi soir va faire danser les jeunes, au bord de la rivière, l’été resplendit.
Mais les plaies sont encore ouvertes et un désir de vengeance surgit parfois, au détour d’une discussion. Trop de jeunes gens sont morts. Trop de pères ont perdu leurs fils.
Quand le jeune Français Adrien arrive dans la ville, on le regarde avec suspicion. La haine couve. Indifférent, il va se recueillir sur la tombe de Frantz, rend visite aux parents, console Anna avec tact et douceur en évoquant son amitié d’avant 1914, à Paris. Les souvenirs se transforment en fantasmes, créent des instants de bonheur au son mélancolique du violon. La famille du défunt est conquise.

Soudain Adrien s'effondre et le drame se noue. Les êtres se déchirent, se poursuivent, se fuient. Certains vivent dans l’illusion consolatrice, car on leur cache la vérité. D’autres affrontent la trahison, l’assument et luttent pour supporter des blessures inguérissables.

Un film magnifique sur ce que la guerre détruit au plus profond de l’âme. Sur l’impossibilité de retrouver ses illusions. Sur la nécessité du mensonge qui permet de supporter l’irrecevable afin de pouvoir pardonner.
Ozon s’est inspiré du film de Lubitsch; mais, ici, les motivations du Français ne sont pas révélées d’emblée, elles affleurent peu à peu et le cinéaste fait preuve d’une infinie délicatesse tout en assumant le classicisme du projet. Il y fait en outre alterner les langues et les couleurs pour ne rien sacrifier à l’authenticité. Un coup de maître! Quant aux acteurs, la troublante Paula Beer et le très nuancé Pierre Niney sont de vraies révélations. (LHA- 18-10-2016)