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ILLETTRÉ DE CÉCILE LADJALI

ILLETRE 280

 

 


LÉO DE LA CITÉ GAGARINE

Texte: Laurence Hainault-Aggeler


Illettré, de Cécile Ladjali
Paru chez Acte sud, 2016

ISBN 978-2-330-05791-6

Léo, 20 ans, est un jeune homme très beau, discret, fragile aussi. Il habite Cité Gagarine, près d’une porte de Paris et il pointe à l’usine chaque matin avant de s’installer devant sa presse. Dans cet atelier d’imprimerie, toute la journée les lettres défilent et Léo les observe, mais elles ne lui envoient aucun message.


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UNE TARE INVISIBLE
Élevé par une grand-mère analphabète, Léo a quitté le collège à l’âge de 13 ans pour oublier très vite de savoir lire et écrire. Or s’installer dans l’ignorance entraîne la marginalisation. Voter, par exemple, sans savoir décrypter le nom des politiques revient à une véritable épreuve de force. Et pourtant ceux qui vous entourent, attendent que vous preniez position, que vous remplissiez votre devoir de citoyen. La concierge observe Léo pour voir s’il se rendra aux urnes. Mais Léo a peur. Il reconnaîtra bien le visage du candidat, mais comment va-t-il signer après avoir glissé son bulletin dans l’urne? Léo s’arrête devant le bureau de vote. Honteux. Sa vie d’adulte se déroule dans l’anxiété, empoisonnée par une tare invisible qui l’oblige à tricher, à tromper les autres, à leur mentir. Sa jolie voisine, Sybille, est infirmière et viendra le soigner après un accident. Elle découvrira le drame de Léo, sa sensibilité. Elle tentera de l’aider à renouer avec les mots, elle qui les débusque toujours avec une intelligence aimante rare.

UNE PEUR DIFFUSE ET TENACE
Mais l’épreuve est trop difficile et le monde se referme. Léo ne cesse d’osciller entre fascination et effroi. Il finit par ériger une digue contre son entourage, non par timidité, mais en raison d’un sentiment de peur diffus et tenace. Comme une nausée, un malaise qui l’empêche de se lever certains matins. Suivront les malentendus, la malchance et la colère, mais Léo ne bougera pas, ne comprendra pas que l’amour salvateur est tout près et il s’enfoncera dans le soir perpétuel.

Sans doute la dignité et l’estime de soi sont-elles impossibles sans le langage. (14/01/2017)