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«DU» ET MOI

DU Plakat 1000 280

Du 1 280
Pendant quelques années, «Du» contenait des affiches de ce format. C'est aussi comme cela que «Du» à l'époque est entré chez nous, sur nos murs.DU Plakat couleurs


LONGTEMPS UNE OUVERTURE SUR LE MONDE

Texte: Charlotte Louant


L'exposition que le Musée national consacre à la revue est prolongée jusqu'à Pâques. Et pour une fois, ce n'est pas tant une exposition qui se visite mais plutôt qui se feuillette...

En savoir plus, le site du Landesmuseum


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Cinéma, littérature, arts graphiques, société... Il y a de tout cela qui défile dans les magazines qui sont présentés actuellement au Landesmuseum. Plusieurs décennies de périodiques recouvrent toute une longue table et retracent l'histoire culturelle d'un pays ouvert sur le monde mais aussi attentif et curieux à ses bouleversements.

«Du» est un magazine culturel que l'on collectionne et dont on hérite.  C'est ainsi que nous avons les exemplaires de 1950 à 1995 dans nos étagères. Et nous y puisons, nous et nos enfants, régulièrement.  Lancé en 1941 par Arnold Kübler, au plein coeur de la guerre, le magazine avait pour ambition de donner des repères dans un monde en proie à la violence et à la barbarie. Le titre s'adressant directement au lecteur était censé l'inciter à réagir. Et certaines des lettres de lecteurs sont également exposées. La première équipe de rédaction est résolument engagée, pas seulement par le texte mais aussi dans l'action. C'est ainsi en son sein que naîtra l'idée des villages d'enfants Pestalozzi.

La vie de cette revue n'a toutefois pas toujours ressemblé à un long fleuve tranquille. Avec chaque nouveau rédacteur en chef, - Arnold Kübler (le beau-père de Boris Vian pour la petite histoire) a quitté le projet en 1957-, il y eut un nouveau style et d'autres points forts. Idem pour le propriétaire et donc le modèle de financement. Créée par un imprimeur, la revue a ensuite plusieurs fois changé de mains jusqu'à devenir la propriété de Tamedia SA qui l'a vendue au début du 21e siècle. Un élément est resté toujours central: l'illustration photographique. Tous les grands noms de la photographie ont travaillé pour la revue, de Robert Frank, Henri Cartier-Bresson, Werner Bischof à René Burri, pour n'en citer que quelques-uns. Et il fut un temps, où la revue contenait de belles affiches. C'est ainsi que Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni m'observent gentiment dans mon bureau. Ou que dans une autre pièce, un joueur de saxophone  dit la fascination que peut exercer la ville de New-York sur nombre d'entre nous, avec une citation de Simone de Beauvoir.
Car «Du», c'était tout cela pendant longtemps, la volonté de conjuguer les arts et les langages pour approcher un tout petit peu de la complexité du monde.  

Dans l'exposition du Musée national, on trouve les magazines des 62 premières années. Et il est vrai que depuis un certain temps, la revue a perdu de sa spécificité, voire de sa qualité. Alors, au moment où l'on apprend l'arrêt prévu à l'été de la revue Parkett et de bien d'autres projets éditoriaux, on s'interroge. Une telle revue thématique peut-elle vraiment encore exister dans le contexte actuel sans perdre totalement son âme? Et qu'a-t-elle encore à dire aujourd'hui? En quoi représente-t-elle encore une certaine idée de la Suisse?