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L'ORDRE DIVIN

die göttliche ordnung affiche

die göttliche ordnung lobby 280DIE GÖTTLICHE ORDNUNG : Vera prend la parole non sans difficultés (interprétée par Marie Leuenberger). © Daniel Ammann, Filmcoopi Zürich

 


S'AFFRANCHIR DE L'ORDRE DIVIN DANS UN VILLAGE D'APPENZELL...

Texte: Laurence Hainault Aggeler


Ce film a remporté le Prix de Soleure en janvier dernier et le Prix du cinéma suisse 2017: Meilleur scénario pour Petra Volpe et Meilleure interprétation féminine pour la très convaincante Maria Leuenberger

A lire aussi notre point d'info dans l'agenda.

Le film sortira en Suisse romande le 7 juin 2017. Il est également prévu d'être projeté en France, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche... ou encore en Chine! Enfin, il vient de dépasser les 200 000 entrées en Suisse alémanique.


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RÉVÉLATION
1970: la liberté contestataire, la musique jusqu’à l’étourdissement, l’amour pour tous? Pas vraiment dans ce village d’Appenzell, dominé par un clocher à bulbe. Vera y mène une vie tranquille, ignorante de toute évolution. Chaque matin, une bise au  mari, une autre à ses fils, avant de pédaler avec énergie sur les routes verglacées, un fichu noué serré sous le menton, une jupe à carreaux, battant contre les rayons du vélo. Pas question d’arriver en retard à la ferme où l’attend une sœur débordée par les tâches ménagères. Un jour, sa nièce adolescente, en mal d’émancipation, va la convaincre de sortir en ville. Elle perdra la jeune fugueuse, mais gagnera une information précieuse: certaines femmes militent pour obtenir le droit de vote!

LIBÉRATION
À partir de là, tout se précipite. Vera dévore ces tracts qui dénoncent l’injustice d’un destin helvétique décliné au féminin: interdiction de voter, de travailler sans autorisation maritale, d’ouvrir un compte en banque. Juste le droit, désormais irrecevable, de servir sa famille sans déranger l’ordre divin. Vera profite de l’absence de son époux parti au service militaire pour expliquer la situation aux voisines et les entraîner dans une manifestation. Suit un cours d’éducation sexuelle hilarant. Et pourtant… malgré l’impudeur initiatique, les possibilités du plaisir lui sont révélées. Poussée par une immigrante italienne plus libérée, la jeune femme adopte alors une coiffure aussi peu seyante que foncièrement moderne, enfile un jean et un chemisier moulants. Elle refuse de faire tous les jours la cuisine et la vaisselle, à la grande surprise de ses deux fils gâtés et de son beau-père au machisme consommé. Bref Vera s’affranchit. Et nous rions beaucoup, car les scènes caricaturent avec brio maladresses et provocations.

MILITANTISME
Et puis, un jour, la petite ménagère devenue militante organise une réunion. Le film perd en comique et gagne en profondeur. L’épisode s’avère poignant, car les villageois viennent se moquer d’elle sans pitié et l’oratrice non expérimentée voit l’estrade se transformer en pilori, sous l'œil incrédule d’un mari abasourdi. Dans le magnifique regard clair de Vera, se lit la peur de la bêtise mêlée à une colère froide.
Peu à peu, le mouvement de contestation durcit, de nombreuses villageoises se rallient et acceptent l’idée d’une grève. Tendresse. Rires. Sororité. Certains «mâles» brisent le mouvement en forçant leurs «servantes» à reprendre leur place au foyer. Mais Vera refuse les concessions, met sa vie de couple en jeu. La lutteuse va jusqu’au bout. À la date fatidique, en ce jour glacial de février 1971, les hommes suisses accordent enfin le droit de vote aux femmes. Nous devons tant à ces militantes, à leur détermination, à leurs sacrifices! Une très belle page de l’Histoire politique suisse nous est ici présentée pour ne jamais les oublier. (L.Hainault Aggeler - 24/04/2017)