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EN ATTENDANT BOJANGLES

en attendant bojangles 280

Des mensonges à l'endroit, des mensonges à l'envers...

bojangles D

 


DERRIÈRE LE RIRE, TRISTESSE ET DÉSARROI

Texte: Valérie Lobsiger


En attendant Bojangles, roman,
Olivier Bourdeaut,
éditions Finitude, mai 2016, 159p.

Le livre existe aussi en poche et vient d'être traduit en allemand. Il est paru chez Piper.

Et une critique auf Deutsch: SRF, Juli 2017

A écouter : la chanson de Nina Simone


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Voici un petit bijou de littérature, un roman qui prend des allures de conte de fées, tant l’univers qui y est décrit semble merveilleux et déconnecté de la réalité. Raconté par un enfant qui admire ses parents et trouve de très charmantes explications à tout ce qu’il ne comprend pas. C’est drôle, loufoque, poétique et poignant. On est happé dès la première page. On sent bien que la réalité «avec des mensonges à l’endroit, à l’envers» ne va pas tarder à pointer le bout de son nez en rattrapant ses personnages. Mais en attendant, ils s’en seront payés une bonne tranche! N’est-ce pas un joli fil à suivre dès qu’on en a l’occasion dans la vie puisque, de toute façon, elle est bien assez lourde comme ça et on n’en changera pas la fin?

Le père du narrateur (un enfant dont on ignore l’âge exact) est fantaisiste, sa mère extravagante, ils étaient prédestinés à se rencontrer. On pense même au départ que le père, qui appelle sa femme par un prénom différent chaque jour, est le plus atteint des deux. Tous les soirs ou presque, on dine, on boit, on danse chez eux jusqu’à l’aube. L’enfant est sous le charme, ses parents l’adorent, c’est l’osmose, la vie en vase clos. Comme dans le scénario du film «La vita è bella», de Roberto Benigni, l’auteur réussit ce tour de passe-passe extraordinaire qui consiste à transformer la réalité: elle devient, non seulement supportable, mais ludique. Car on imagine bien que vivre aux côtés d’une mère hystérique, bipolaire et schizophrénique ne doit pas être aussi rose. Plus la mère «déménage» et plus leur appartement rétrécit. Ils finissent par fuir tous les trois (en compagnie de leur oiseau bizarre surnommé «Mademoiselle Superfétatoire») dans un «château en Espagne». En contrepoint du récit de l’enfant, on trouve en italiques des extraits d’un roman écrit par le père qui n’a jamais réussi à trouver un éditeur. Parce qu’il collait trop à la réalité? Au lecteur de se faire une opinion…

Ce qu’on apprécie particulièrement dans ce livre, c’est l’originalité du langage recourant à un vocabulaire décalé destiné à maquiller la réalité. Il ne s’agit pas là d’un exercice de style. La forme colle au fond. Elle révèle tout le désespoir humain et tous les trésors d’ingéniosité que nous recélons pour y faire dignement face. L’amour et l’humour y occupent une place de choix.

Valérie Lobsiger, octobre 2016.