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CINÉMA

La femme la plus riche du monde


Texte: Valérie Valkanap

LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE
Un film de Thierry Klifa (France 2025, 123 mn)
Sur les écrans suisses alémaniques à partir du 19 mars prochain
Au Lunchkino à Zurich, du 12 au 17 mars et le 18 mars.

Le 18 mars 2026, en présence du réalisateur Thierry Klifa
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Avec:
Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Mathieu Demy, Raphaël Personnaz, André Marcon


INSPIRÉ D’UN FAIT DIVERS (la tocade de Liliane Bettencourt, dirigeante du célèbre empire L'Oréal, pour l'artiste et photographe François-Marie Banier), ce film prend la distance nécessaire pour montrer en quoi la toute-puissance de l’argent, la convoitise qu’il attise, la jalousie qu’il éveille, le respect qu’il inspire, et plus généralement notre soif d’amour et de reconnaissance révèlent l’étendue de nos failles. Les protagonistes, sous le coup d’émotions et de désirs contraires, se complètent comme pour mieux s’offenser. Mais reprenons. Marianne Farrère (Isabelle Huppert) dirige d’une poigne de fer un empire cosmétique dont elle a hérité. Comme dans une tragédie antique, le chaos est introduit bien malgré lui par un proche. C’est en effet Frédérique Steinman (Marina Foïs), femme soumise et entièrement dévouée à la dynastie familiale, qui présente Pierre-Alain Fantin (envoûtant Laurent Lafitte) à sa mère. Il s’agit de relooker l’image de l’entreprise à travers celle de sa dirigeante. Las, Fantin est un charmeur et un escroc.

FANTIN SÉDUIT CAR IL A DU BAGOUT ET DE L’HUMOUR À REVENDRE. Dans la transgression permanente (ce qui montre assez son immaturité), il n’a aucun scrupule, aucune retenue, aucune valeur autre que le plaisir de choquer, recourant le plus souvent à la vulgarité outrancière. Comment Marianne peut-elle tomber sous le charme d’un type pareil? Dès les premières images, le cinéaste prend soin de nous la montrer dans toute sa froideur et sa dureté. Pas étonnant qu’elle ait mal au dos à se tenir aussi raide. En réalité, figée dans la monotonie, elle s’ennuie. Epouse de Guy, (André Marcon) ancien ministre présenté comme rationnel et donc mortellement ennuyeux (dixit Fantin), elle revit en présence du bouffon grandiloquent. La voilà qui, entrainée par lui, change non seulement de look (dans le film, 70 tenues différentes témoignent sans y paraître de son opulence) mais son ameublement et sa façon de vivre (il l’emmène en boîte de nuit). Il lui fait miroiter une autre vie, extravagante et pleine de joie. Généreuse avec tout le monde (ne propose-t-elle pas un chèque d’un million à son petit-fils à l’occasion de sa bar-mitsva?), elle gâte son protégé qui proteste pour la forme.

LE MARI, LA FILLE, LE MAJORDOME RÉPROUVENT. Ils résistent d’abord en silence. C’est curieux comme les gens prisonniers de leur bonne éducation ou de leur position (ceci pour le majordome Jérôme (Raphaël Personnaz) sublime de dignité offensée) n’osent pas remettre à sa place l’abuseur. «On m’a transmis des valeurs de discrétion et d’humilité, chez nous, on n’étale ni ses richesses ni ses états d’âme» confie Frédérique impuissante. Sous l’œil déridé de Marianne, ravie de ses excès, Fantin se permet tout. La tension atteint son paroxysme lorsqu’il débarque flanqué de son amant dans la maison de vacances des Farrère à la mer. C’est le moment le plus délirant du film où tout sonne juste parce que tout sonne faux chez ces gens bien trop conventionnels et rangés. Quand le passé antisémite et collaborationniste de Guy ressurgit, Marianne se met à clamer son pouvoir sur les médias, sommés de choisir leur camp. Le mari de Frédérique (pourtant juif pratiquant) préfère qu’on étouffe l’affaire. «Briser l’omerta de la famille, c’est briser la notoriété de la marque» dit-il à Frédérique quand, à la mort de Guy, elle décide de passer enfin à l’action et attaque en justice Fantin pour abus de faiblesse. La rupture entre la fille et la mère est consommée.

Cet excellent film reflète bien la nouvelle ère. A la façon d’un Trump, Fantin ne crée-t-il pas du chaos pour en tirer le maximum de profit? A méditer.

V.V. 12.03.26