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LIVRES / IDÉES

La patience des traces


Texte: Laurence Hainault Aggeler

Comment «désencombrer le cœur»?

La patience des traces, 
Un roman de Jeanne Benameur

Le livre est paru en version Poche en 2024. 

À propos de l'auteure:
Née en 1952 en Algérie d’un père tunisien et d’une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France, avec sa famille, à l’âge de cinq ans. Entre le roman et la poésie, le travail de Jeanne Benameur se déploie et s'inscrit dans un rapport au monde et à l'être humain épris de liberté et de justesse. (Actes Sud)


LIGNES DE FAILLE, LIGNES DE FORCE
«On n'est maître de rien. On peut juste accepter et mettre tout son art, toute sa vie, à comprendre ce qu'est le fil de l'eau, le sens du bois, le rythme des choses sans nous. Et c'est un travail et c'est une paix que de s'y accorder enfin. La seule vraie liberté».

FUIR
Vivre un moment de grâce durant la traversée d’une lecture inspirante, rien de plus rare! Jeanne Benameur nous offre ce bonheur. «La patience des traces» retrace le parcours d’un homme discrètement meurtri au plus intime de son être. Depuis longtemps, Simon, psychanalyste, est las d’écouter les autres sans jamais donner la parole à sa propre histoire. La vie solitaire, douce, équilibrée, reste trop dépourvue de vibrations. Une blessure le ronge et la douleur ne cesse de s'amplifier. Brusquement, Simon décide de partir sans fixer la date de son retour.

SE RÉFUGIER
Il se réfugie au fin fond d’un archipel japonais , dans le silence d’un pavillon dont l’accueil exerce tout de suite l’effet d’un baume. Puis une amitié se noue lentement entre Simon et ses hôtes, deux êtres pétris de pudeur et de respect. La beauté des jardins, l’extrême finesse des tissus multicolores collectionnés par Madame Itô déclenchent son émerveillement.

SE RECONSTRUIRE
Les poteries brisées puis réparées de Monsieur Itô gardent leurs cicatrices apparentes. Recouvertes de poudre d’or, elles subliment l’imperfection. Cet art ancestral nippon, le Kintsugi, transforme les lignes de faille en lignes de force. Dans l’atelier du céramiste, le langage devient superflu, le temps s’étire, s’amplifie. Simon peut, lui aussi, montrer ses brisures apparentes, les transformer.

SE LIBÉRER
Au fil de la poésie du temps et des lieux, chaque épisode dévoile avec précaution une juste part des souffrances passées. Ne faut-il pas laisser le maximum d’espace à la moindre sensation ? Sur le chemin de cette liberté à retrouver, nos propres perceptions suivent le rythme des confidences. Les mots se posent avec délicatesse, l’âme se met en mouvement, le cœur se «désencombre».

L.H.A 08/2026