La Vénus électrique
LA VENUS ÉLÉCTRIQUE
Un film de Pierre Salvadori (France - Belgique, 2026, 2h02)
Sur les écrans suisses alémaniques à partir du 13 août prochain
Et au Lunchkino à Zurich, du 23 au 29 juillet 2026
SAVEZ-VOUS CE QU’EST LE COUP DE FOUDRE? C’est une attraction proposée sur une fête foraine. C’est là que, dans le Paris des années 20, Suzanne (époustouflante Anaïs Demoustier) offre un baiser à qui a le courage d’affronter le choc électrique. «L’amour est une brûlure et une extase» crie Titus pour rameuter le public mâle. Dans ce contexte, le coup de foudre n’est qu’une illusion pour mieux vous berner et vous plumer. Mais cela peut aussi être un sentiment merveilleux qui redonne des couleurs et de l’intensité à la vie. Il est même capable, tout à la fin, de ressusciter ceux qui étaient laissés pour morts. Mais reprenons. Suzanne vit chichement dans une roulotte sous la coupe du dénommé Titus qui l’exploite, l’insulte et l’électrocute. Elle aspire à une autre vie. Elle voit en Antoine (Pio Marmaï), un jeune peintre qui souhaite entrer en contact avec Irène, sa muse et défunte épouse, l’occasion de gagner un peu d’argent. Parce qu’elle nous émeut, on lui pardonne d’emblée sa roublardise.
GRÂCE À SUZANNE, AUSSI DÉSOPILANTE DE FAUSSE CANDEUR que pleine d’inventives trouvailles (comme par exemple celle des lentilles blanches pour feindre les yeux révulsés) on rit tout du long et cela, malgré la souffrance d’Antoine. Le pauvre se sent coupable d’avoir mal aimé Irène (Vimala Pons). Il songe à la rejoindre dans la mort, ne peint plus, boit à outrance. «Je lui raconte ce qu’il veut entendre» se défend Suzanne vis-à-vis d’Armand (Gilles Lellouche), marchand d’art et ami d’Antoine qui s’offusque de la supercherie. Mais lui-même ne veut-il pas utiliser la soi-disant voyante pour sauver sa galerie («quand il vous voit, il peint, et quand il peint, je vends»)? En réalité, les choses sont bien plus compliquées qu’elles ne paraissent. Rien n’est ni noir, ni blanc, comme chaque fois que les sentiments s’en mêlent. On aurait donc tort de juger trop vite avant la fin du film.
A TRAVERS SUZANNE, C’EST IRÈNE QUI S’EXPRIME. Et plus elle s’exprime, plus elle constitue un obstacle dans un amour naissant, inavoué et réciproque entre les deux! Le comique est enclenché, inépuisable, intelligent, jouissif. A partir du moment où Suzanne, à force de fureter chez Antoine, découvre le journal intime d’Irène, la mystification va s’enrichir. Au fur et à mesure de la lecture de Suzanne, on en apprend plus sur Irène. Et on passe en permanence (avec naturel, grâce à des liens qui font sens) d’une époque à une autre. Comme Irène ne manque ni d’humour ni de jugement, que c’est un être volontaire autant que fantasque, on continue d’être diverti en même temps que tenu en haleine. On prend conscience qu’«avoir l’œil» en peinture est une chose innée (on l’a ou on ne l’a pas, et une école des beaux-arts n’y changera rien). C’est elle qui révèle à Antoine l’étendue de son potentiel, elle qui lui amène Armand comme marchand. Cette Irène, en avance sur son temps, a toujours une longueur d’avance. En un sens, on comprend qu’Antoine soit déboussolé sans elle. Pourra-t-il tourner la page?
La Vénus électrique est un film merveilleux. On y est à chaque instant séduit par la beauté des décors, des costumes et des images. Il faut d’ailleurs noter que le réalisateur a fait appel à Gérald Aussiette, un des derniers peintres de cirque, pour peindre les roulottes, les devantures des attractions et tous les motifs de foire, ce qui contribue grandement à l’authenticité du cadre. Les acteurs, tout en finesse et nuances, jouent on ne peut plus sobrement. On s’y délecte tant de la crédulité d’Antoine que de la duplicité de Suzanne. Enfin, c’est une ode à la peinture, un éloge de la lecture autant qu’un plaidoyer pour la liberté conquise de haute lutte. (V.V. 20.07.26)
Publié le 21.07.2026