«Le bouddhisme est né à Colobane»
de Felwine Sarr
Nouvelles. Ed. Philippe Rey/Jimsaan, 108 pages.
A Colobane, au cœur de Dakar, des humains «comprirent le secret du temps et la matière de l’existence», sans doute bien avant que le Bouddha n’atteigne l’illumination.
EXCEPTION
Felwine Sarr est célèbre en tant qu’universitaire charismatique, philosophe humaniste, chanteur-poète, politique engagé, mais ce recueil de nouvelles est simplement celui d'un humain en quête d’amour absolu, en éternelle souffrance de maints abandons, en éternelle espérance de quelques retrouvailles. La mélancolie s'infiltre entre les lignes pour exprimer une solitude issue de l’exigence. L'Amour, le grand, reste «une exceptionnalité», dont ne se vivent que «les balbutiements, les atermoiements, l'esquisse brouillonne, les errements et les impostures».
BOUILLONNEMENT
Les rencontres ont lieu, l’amour surgit, il autorise des moments de joie et d’illusion puis il s’éteint. Éclairs de désespoir, résilience. Quant à la passion qui bouillonne «pour accomplir son œuvre meurtrière, défoliante, transformatrice, régénératrice…», elle trahit toujours ses promesses. La lutte reste âpre sans aucune victoire possible dans une vie qui perdure comme une urgence.
MOUVEMENT VITAL
Restent les bonheurs tendres, témoins d’une paix intérieure durement acquise. Restent les amitiés, loin des désirs possibles quoiqu’éventuels, car «l'âme ouverte est celle qui accueille ce qui advient». Malgré le manque «d’un amour assez total et profond pour s'abriter», pas question de ralentir le rythme de l'existence, continuons à «participer du mouvement, consentir, se laisser traverser et métamorphoser».
SAGESSE
Seulement, par endroits, les déclarations intimes sont poignantes: «Je mène une bataille perdue d'avance. Je lutte contre ma sensibilité. Je me dois d'apprendre la sagesse de la défaite permanente». Un peu trop proche de la résignation. Au-delà des personnages présentés dans ce recueil (l’homme inquiet, la femme écartelée, l’amie surgie du passé, le compagnon disparu), au-delà des références aux compositions musicales, voici «une balade à l'intérieur des âmes» dont l'écriture fluide et méditative pénètrera chaque lecteur. Gardons-nous de la commenter plus avant; évitons d’en gâcher la magie, d'en trahir la pudeur.
L.H.A 04 2026
Publié le 7 avril 2026