«NOUS AUSSI» D'ANNE GODARD
Ce sera l'un des livres dont nous discuterons le 21 octobre à 19h
à l'Université
dans le cadre de notre rencontre
Les Livres qu'on M: Le choix Goncourt de la Suisse
Voici une littérature dramatique, créatrice de formes nouvelles d’écriture et de pensée! Ce roman provoque un séisme dans le paysage littéraire francophone.
LE DÉCOR
Une famille de la grande bourgeoisie parisienne, réglée sur l’heure de la tradition et des rituels, vit en huis clos dans un immeuble de la rive gauche. Elle s’exprime d’une seule voix, au moyen d’un «on» provocateur, récurrent, obsessionnel, initiateur de chaque phrase. «On habite les beaux quartiers, on se tient bien à table, on passe nos vacances ensemble face au Mont-Blanc, on est du bon côté, celui de la culture et de la liberté».
RÉHABILITER LE PRONOM NEUTRE
Réhabiliter le pronom neutre, familier, enfantin jusqu’alors méprisé des écrivains tient du génie stylistique. Sa réitération peut agacer, donner envie de sauter les lignes, mais elle installe une crispation et sert un narratif structuré en crescendo.
UN SYSTÈME DE VISION
«On» désigne tour à tour chaque atome du clan sans le nommer, mais en l’incarnant à la perfection. Il traduit la condescendance de ceux dont les repères sont ancrés depuis des générations. «On» observe de l’intérieur les automatismes d’une famille fusionnelle persuadée de sa cohérence. Il dissèque la manière dont se fabrique un système de vision où les hiérarchies garantissent la reproduction malsaine des codes et des carcans.
LA FISSURE
Les frères, les sœurs, les cousins, les cousines, les oncles et les tantes, toutes et tous se retrouvent pris dans les mailles d’un filet soi-disant protecteur, en réalité asphyxiant. Dans leur grande résidence savoyarde, l’été devient meurtrier. Un membre de la tribu se suicide. Une fissure apparaît. L’équilibre est perdu, chacun se délite à sa façon, souffre. Bien sûr le drame a été relégué dans l’amnésie des non-dits; restent les cicatrices indélébiles.
NOMMER L'INNOMMABLE
La mémoire ne se refoule pas éternellement. Anne Godard ose décrire la solitude totale au milieu des autres, la promiscuité malsaine avec l’inceste comme seul horizon puis le mal dévoilé. Son écriture au scalpel campe ces lieux de fausse protection où l’enfermement autorise une violence aussi discrète qu’insupportable. L’expérience immersive donne le vertige.
L.H.A 09/2026
Publié le 21 septembre 2026