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CINÉMA

Nouvelle vague

La capacité du cinéma à réinventer sa splendeur
Godard et Belmondo retrouvent un second souffle dans ce film
Jean Seberg ne se voyant pas proposer de script, craignait de s'embarquer dans pareille aventure
Jusqu'au bout du film, personne ne savait si le héros mourrait ou non
L'entrain de Belmondo était communicatif
Les acteurs et le réalisateur dans la plus petite chambre d'hôtel qu'il ait trouvée
S'il n'avait pas d'idées, on ne tournait pas ce jour-là

Texte: Valérie Valkanap

NOUVELLE VAGUE

de Richard Linklater
(Fr, 2025, 107 mn)

Sur les écrans suisses alémaniques depuis le 12 mars 2026


UN FILM JOYEUX À L’ÉLAN COMMUNICATIF. Dans le Paris recréé de l’année 1959, le cinéaste américain Richard Linklater fait éclater à l’écran l’élan de la jeunesse mêlé à celui de la création artistique, ceci à l’occasion de la reconstitution du tournage, en noir et blanc, d’«À bout de souffle», le premier film de Jean-Luc Godard. Pas besoin d’être féru de cinéma pour apprécier l’enthousiasme ambiant. Tout nous épate. La reconstitution pointilleuse de l’époque sur les lieux et décors d’un film devenu le plus important de l’histoire du cinéma (mais dont on craignait bel et bien le flop tant l’entreprise semblait hasardeuse sur le moment), les rues et cinémas d’autrefois (le Champo, le Mac Mahon), les costumes, les gens, les voitures, les bars avec leurs flippers, les cabines téléphoniques, les airs jazzy, la cigarette omniprésente… On est sous le charme tant des images que des prestations d’acteurs.

TOUT LE GRATIN DE LA NOUVELLE VAGUE est présent. Godard flanqué de François Truffaut, Claude Chabrol et Suzanne Schiffman, mais pas seulement. C’est jouissif de voir réunis sur une même pellicule les quasi sosies des stars des Cahiers du Cinéma (au cas où on aurait un doute, leur nom s’affiche brièvement à l’écran). Truffaut vient de tourner Les quatre cents coups et sa vibrante communauté lui fait fête (il faut les voir boire les paroles de Roberto Rossellini pour comprendre la fièvre qui les tient). Tous rêvent de percer comme lui à Cannes. Godard (Guillaume Marbeck) aussi. Pour l’instant il est seulement reconnu comme critique de films. Son humour, son insolence, son arrogance nous séduisent parce que ce n’est qu’une couverture. En réalité, il manque de confiance en lui. La foi dans son art et l’optimisme suppléeront. Il commence à recruter son équipe, Raoul Coutard à la caméra, Georges de Beauregard à la production. Jean-Paul Belmondo (Aubry Dullin) est partant pour ce coup foireux, tout le fait rire. Sa bonne humeur vient à bout d’une Jean Seberg (Zoey Deutsch) au départ très récalcitrante (Comment ça, pas de scénario? Comment ça, pas de maquilleuse? Comment ça, je dois me déplacer à pied et non en taxi?)

UNE FORMIDABLE LEÇON DE CINÉMA. On suit donc Godard dans sa quête de « l’instantané et de l’inattendu » au grand dam du producteur qui se méfie de la liberté des créateurs. L’artiste n’a que faire des règles et des habitudes. Comme « il ne faudrait filmer que dans un état d’urgence et de nécessité », les acteurs sont mis à pied … quand le réalisateur est à court d’idées. Les scènes, filmées à la suite les unes des autres, sont rarement refaites, puisque « plus on répète, plus les choses deviennent mécaniques ». Il veut que les acteurs soient spontanés et avancent en terre inconnue, sans texte à apprendre, sans connaître la fin (d’ailleurs, lui-même l’ignore). On tourne sans son, en lumière naturelle et en caméra cachée, ce qui permet d’économiser des figurants et de mieux saisir la réalité. À une scène d’accident avec cascadeur, il préfère l’hors-champ, «plus évocateur». Pas question d’être raccord, ce qui ferait apprêté. Sa quête à 100% d’authenticité est bien sûre irréaliste, mais elle ouvre de nouvelles pistes. Au montage, il saute des images, élague chaque scène pour n’en garder que l’essentiel. Ce qui confèrera à son premier film un rythme accéléré, reflet de l’impatience du héros. Celui de Richard Linklater nous éblouit en restituant, intacte, la beauté des premières fois.
Un moment de pur bonheur.
(V.V. 17.03.26)

Publié le 18 mars 2026