→ CINÉMA

ROUBAIX, UNE LUMIÈRE

roubaix une lumière l affiche

un commissaire lumineux Roschdy ZemUn commissaire lumineux (Roschdy Zem)Reconstitution avec Claude Léa Seydoux et Marie Sara ForestierReconstitution avec Claude (Léa Seydoux) et Marie (Sara Forestier)


MEURTRE SUR LA VILLE

Texte: Valérie Lobsiger


ROUBAIX, UNE LUMIÈRE, D’ARNAUD DESPLECHIN, (France 2019, 2h)

Sur les écrans suisses alémaniques à partir du 17 octobre 2019




→ PRINT


ELLE EST OÙ LA LUMIÈRE? C’est un film sombre, très sombre que le dernier long métrage de Desplechin. Il n’y est même plus question de bogros («beaux gros espoirs», une expression utilisée dans «Trois Souvenirs de ma jeunesse»). D’ailleurs, ça ne se déroule pratiquement que de nuit ou sous la pluie, à Roubaix. Roubaix, ville «austère et violente», «la plus pauvre des cinq plus grandes communes de France» avec «75% de territoire classé en zone urbaine sensible» et «45% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté» selon le descriptif qu’en fait Louis (Antoine Reinarz), lieutenant de police fraîchement débarqué, dans des lettres à sa famille. Ceci pour planter le cadre. Ça parle ensuite du quotidien d’un commissariat de police dans cette ville. Bagarre au couteau, incendie de voiture, braquage de boulangerie, disparition de mineure, viol d’une fille de 13 ans… La routine. Le jour de Noël, un incendie d’origine criminelle au fond d’une cour misérable amorce l’intrigue. Et si c’était pour masquer le meurtre d’une vieille femme découverte étranglée sur les lieux? Qu’ont à voir dans cette affaire Marie (Sara Forestier) et Claude (Léa Seydoux), deux voisines toxicos vivant en couple et appelées à témoigner?

LA LUMIÈRE, ON LA TROUVE DANS L’HUMANITÉ DU COMMISSAIRE DAOUD, merveilleusement interprété par Roschdy Zem. Un type paisible vivant avec ses chats, passionné de chevaux. Resté seul dans cette ville où il est né alors que le reste de sa famille est retourné au bled. Proche des habitants par son origine nord-africaine et son empathie naturelle. Un homme qui semble avoir tout son temps et sait toujours, confie-t-il à Louis, si un suspect est coupable ou innocent juste parce qu’il essaie de «penser comme lui». Or une fois les petits malfrats écartés, Daoud devine vite que Marie et Claude ne sont pas étrangères à l’incendie de la cour. Dès que les présomptions sont suffisantes, il les place séparément en garde à vue. Il ne les lâchera qu’à leurs aveux complets. Dès lors, leur interrogatoire (depuis l’arrestation de Marie jusqu’à la reconstitution des faits sur place: une longue heure pour le spectateur) est lancinant. A la limite du supportable, non par l’atrocité des faits commis, mais par leur triste banalité.

(VL septembre 2019)