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«TOUCHER LA TERRE FERME»

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QUESTIONS INTIMES SUR LA MATERNITÉ

Texte: Jing Rochman


Kerninon, Julia:
«Toucher la terre ferme». L’Iconoclaste, 2022.

Le livre a été présenté jeudi 16 juin dans le cadre de la rencontre : Les livres qu'on M, les page turner.



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LA FIN DU VAGABONDAGE
Lors de ma première participation aux Livres qu’on M du 16 juin, j’ai présenté «Toucher la terre ferme» de Julia Kerninon. C’est un livre autobiographique de la jeune écrivaine nantaise dont le dernier roman «Liv Maria» avait remporté un grand succès en 2020.
En quelque 100 pages imprimées dans un format inhabituel, Kerninon adopte une voix intérieure sincère et authentique, sans affectation, qui dévoile les sentiments contradictoires d’une jeune mère. L’arrivée de deux petits garçons marque une nouvelle page dans la vie de l’auteure et elle a cherché à réconcilier la fille qu’elle a été et la «Madame Kerninon» qu’elle est aujourd’hui. Fille vagabonde qui aimait les hommes et qui ne s’attendait pas à être aimée en retour, elle finit par rester aux côtés du père de ses enfants, ayant trouvé son équilibre, la sensation de «toucher la terre» au lieu d’être sans arrêts entre deux endroits, deux hommes.

RÉSISTER À LA PARTANCE
Toujours est-il que Kerninon exprime tout au long du récit sa hantise pour le rôle de la mère, la «vie domestique» et la «platitude». Ses enfants occupent d’ailleurs une place ambigüe par rapport à celle de son compagnon: «Nous avons deux enfants ensemble, pourtant dans toute ma vie, c’est toi qui es la chose la plus considérable qui me soit jamais arrivée» (Kerninon 71). Vers la fin du récit, l’auteure nous livre une réflexion qui me semble personnellement inhabituelle: «[…] si j’étais incapable de m’imaginer les abandonner, mon amour pour mes enfants ne signifiait presque rien. Parce que c’est précisément de résister à cette tentation jour après jour qui fait la valeur de mon amour, qui lui donne sa profondeur» (106).
On remarque que c’est en résistant à la partance que la jeune femme goûte de la maternité et qu’elle reconnaît ses sentiments pour ses enfants.

Quoi qu’il en soit, Julia Kerninon est restée fidèle ce qu’elle est, et n’hésite point à «se trahir» dans son écriture. Peut-être son récit franc et sans contrainte trouve-t-il des échos dans le cœur des lectrices contemporaines? Finalement, la maternité est comme l’amour, chacun la vit à sa propre manière. En lisant ce livre et en le présentant, j’ai découvert une voix pour l’exprimer qui m’était jusque-là inconnue.

Publié le 23juin 2022.